Manifestation du 1er-Mai : ce que l'on sait des violences qui ont visé le cortège de la CGT à Paris

D'après l'organisation syndicale, 21 de ses militants ont été blessés samedi lors de ces incidents, place de la Nation.

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Un manifestant tape dans un ballon géant subtilisé à la CGT, le 1er mai 2021, à Paris. (LUCAS BOIRAT / HANS LUCAS / AFP)

"Ils avaient prévu de s'attaquer à la CGT." Des heurts ont émaillé la fin de la manifestation parisienne du samedi 1er mai, lors de son arrivée place de la Nation, vers 18 heures. D'après des images filmées par la presse et des internautes, quelques dizaines d'individus s'en sont pris au cortège de la CGT. L'organisation syndicale a déploré dans un communiqué "21 blessés dont quatre grave", qualifiant les faits de "violences inacceptables contre le monde du travail". Franceinfo fait le point sur les questions qui se posent après cet événement, sur lequel le parquet de Paris a ouvert une enquête.

La CGT prise à partie, une vingtaine de blessés dans ses rangs

Le cortège de la CGT, qui se situait à l'avant de la manifestation, a été violemment pris à partie par plusieurs dizaines d'individus lors de son arrivée place de la Nation, vers 18 heures. Plusieurs vidéos, filmées par des journalistes, attestent de la violence des heurts. Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux, on peut entendre distinctement des individus crier "CGT collabos". "On a entendu des insultes racistes, sexistes et homophobes", raconte à franceinfo Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT, présente sur place. 

"Les violences ont eu lieu au moment où les camions de la CGT devaient se mettre de côté pour sortir de la manifestation, affirme Céline Verzeletti. "Ces personnes s'en sont prises au camion et ont cassé des vitres."

"Ensuite, elles se sont attaquées physiquement à certaines personnes, en les coursant et les violentant, certains se sont même pris des coups de barre en fer sur la tête."

Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT

à franceinfo

D'après la CGT, 21 de ses membres ont été blessés, dont "quatre hospitalisés". Les quatre blessés sont depuis sortis de l'hôpital, a appris l'AFP auprès de la CGT. Un policier a également été blessé après avoir "été violemment pris à partie par les manifestants" et a été "transporté à l'hôpital par les pompiers", précise la préfecture de police de Paris.

Des individus violents non identifiés

Qui composait ce groupe d'individus ? Difficile de donner une réponse précise pour l'instant. "Les plus virulents, qui sont arrivés en premier, se revendiquaient des 'gilets jaunes', confie Céline Verzeletti. Mais était-ce vraiment le cas ? Nous n'en savons rien." Sur les images des affrontements, on peut effectivement observer que plusieurs assaillants portent un gilet jaune, mais pas la majorité d'entre eux. "Ce qui est certain, c'est qu'ils avaient prévu de s'attaquer à la CGT", estime la responsable syndicale. "C'était un véritable guet-apens", a dénoncé le secrétaire général du syndicat, Philippe Martinez, dimanche soir, sur BFMTV, précisant que "tout le monde peut se faire passer pour un 'gilet jaune'" et que les assaillants en gilet jaune étaient "peu nombreux".

La préfecture de police, contactée par franceinfo, s'est refusée à donner davantage de précisions. Le parquet de Paris a de son côté ouvert une enquête des chefs de "violences volontaires en réunion" et "dégradations en réunion".

L'attitude des forces de l'ordre en question

La CGT accuse les forces de police de ne pas avoir laissé ses véhicules sortir de la place de la Nation. "Les camions ont essayé de sortir de la place mais ont été empêchés de la quitter par les policiers, s'indigne Céline Verzeletti. On aurait pu nous ouvrir une partie du barrage, mais ils ont refusé, même après notre demande. C'était délibéré."

Une version contredite par la préfecture de police. Dans un communiqué, elle assure que plusieurs véhicules syndicaux ont pu s'extraire par l'avenue de Taillebourg, la sortie prévue, avant que trois camions "s'engagent sur la mauvaise sortie" et se trouvent bloqués "face au barre-pont [barrière métallique érigée par les forces de l'ordre] installé au droit du cours de Vincennes". C'est là, poursuit le communiqué, "que ces trois véhicules syndicaux, en même temps que des membres du service d'ordre de la CGT, ont été la cible de nombreux jets de projectiles par une foule hostile".

1er-Mai : une camionnette et des militants CGT pris pour cibles
France 2


La préfecture de police de Paris assure qu'un "escadron de gendarmes mobiles" est intervenu à 18h15, "en faisant usage de lacrymogènes", ce qui a permis "de faire retomber les tensions"Dans son communiqué, la préfecture affirme que "malgré la possibilité de quitter les lieux en empruntant l'itinéraire prédéfini", les camions se sont maintenus "sur place, jusqu'à 19h15, heure à laquelle ils se sont engagés cours de Vincennes, lorsque le barre-pont a été démonté par les forces de l'ordre".

Dimanche soir, Philippe Martinez a maintenu que le passage de sortie prévu était "fermé" et a "mis 40 minutes avant de s'ouvrir", malgré des appels à "des préfets". Le leader syndical demande "des explications" officielles sur les difficultés de sortie du cortège et sur un éventuel manque de réactivité des forces de l'ordre. Une réunion interne doit se tenir, lundi, pour décider d'éventuels dépôts de plainte de la part de la CGT et de ses membres.

Une violence condamnée unanimement

De nombreux politiques ont condamné les violences subies par les manifestants de la CGT. Sur franceinfo, dimanche, Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la Citoyenneté, a jugé "absolument inacceptable et intolérable que de s'en prendre à des gens qui manifestent, à des syndicalistes qui le 1er-Mai viennent porter leur message".

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s'est dit "solidaire des militants CGT agressés par un commando masqué", sur Twitter. Laurent Berger, responsable de la CFDT, a lui aussi exprimé sa "solidarité" sur le réseau social, tout comme le patron de FO, Yves Veyrier. "Nous étions côte à côte en ce 1er mai, a écrit ce dernier. Nous avions déjà, au cours de la manifestation, été interpellés avec les mêmes agressions verbales. Soutien à nos camarades de la
CGT."

"On a eu beaucoup de message de solidarité des autres confédérations, des associations, pas un coup de fil du gouvernement", a regretté Philippe Martinez.

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