Éric Dupond-Moretti "n’est plus notre interlocuteur", "il n’est plus crédible", affirme le Syndicat de la magistrature

Les deux plus hauts magistrats de l'ordre judiciaire ont signé mardi une tribune contre le garde des Sceaux. Le Syndicat de la magistrature l'accuse d'être à la fois "juge et partie" et appelle Emmanuel Macron à jouer son rôle de "garant de l'indépendance de la justice".

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Éric Dupond-Moretti le 24 septembre 2020. (ALAIN JOCARD / AFP)

Éric Dupond-Moretti"n’est plus notre interlocuteur", "il n’est plus crédible en qualité de garde des Sceaux", a affirmé mercredi 30 septembre sur franceinfo Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, à quelques heures d’une réunion avec la conseillère justice d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Mardi, les deux plus hauts magistrats de l'ordre judiciaire, Chantal Arens et François Molins, ont signé une tribune dans le journal Le Monde, accusant notamment Éric Dupond-Moretti, de conflit d'intérêts dans "l'affaire des écoutes". "Il est à la fois juge et partie dans une affaire des plus importantes", a accusé Sarah Massoud, appelant le président de la République à jouer son rôle de "garant de l’indépendance de la justice".

franceinfo : Éric Dupond-Moretti n’est plus crédible à vos yeux ?

Sarah MassoudIl n'est plus crédible du tout en qualité de garde des Sceaux. Et désormais, vous avez les deux plus hauts magistrats de France qui le disent. Éric Dupond-Moretti est dans une situation de conflit d'intérêts, c'est-à-dire qu'il est à la fois juge et partie dans une affaire des plus importantes. Et aujourd'hui, il y a véritablement une tentative de déstabilisation d'une institution qu'est le Parquet national financier, mais aussi l'institution judiciaire, plus généralement. Donc, véritablement, nous sommes très inquiets.

Ce n'est pas tant une fronde d'un corps contre son ministre, ce sont véritablement des principes essentiels de la démocratie qui sont en danger.

Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature

à franceinfo

Doit-il démissionner ?

On verra bien. Nous voyons la conseillère justice d’Emmanuel Macron ce matin [mercredi 30 septembre]. Nous avons écrit au président de la République à la suite des agissements d'Éric Dupond-Moretti. On attend de voir quelles sont les mesures qu'il va prendre parce que, dans la Constitution, le président de la République est le garant de l'indépendance de la justice. Or, l'indépendance de la justice est attaquée. Nous allons voir quel est le positionnement d'Emmanuel Macron, quel est le positionnement aussi de l'Élysée par rapport à cette affaire Bismuth. Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a beaucoup de proches de Nicolas Sarkozy, qui est l'un des prévenus de cette affaire, qui sont aujourd'hui parmi les proches d’Emmanuel Macron. Nous voudrions donc savoir quelles sont les "ficelles", pour reprendre les termes d'Éric Dupond-Moretti, qui sont à l'œuvre au plus haut sommet de l'État.

Le lien est-il complètement rompu avec Éric Dupond-Moretti ou pouvez-vous encore vous rabibocher ?

On pourrait encore se rabibocher, mais là, c'est clair qu'il est rompu. Ça n'est plus notre interlocuteur. Nous ne lui écrivons plus. Nous allons encore à des réunions à la Chancellerie, mais en revanche, nous ne nous parlons plus pour l'instant, en attendant de voir ce qui va être fait, soit par le Premier ministre, soit par le président de la République. Et nous verrons bien ce qu'il en est pour que cette indépendance soit garantie.

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