Retraitée sans pension depuis un an, Catherine a "l'impression d'être complètement abandonnée"

Des milliers de retraités connaissent des retards de versement de leur première pension. Francetv info a contacté deux d'entre eux.

Une salariée vient remplir son dossier pour partir à la retraite dans un point d\'accueil de la Caisse nationale d\'assurance vieillesse, à Paris, le 7 juin 2010.
Une salariée vient remplir son dossier pour partir à la retraite dans un point d'accueil de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, à Paris, le 7 juin 2010. (MAXPPP)

De longs mois d'attente sans le moindre revenu. Entre "3 et 4%" des nouveaux retraités du régime général connaissent des retards dans le versement de leur première pension, rapporte Le Parisienmardi 27 octobre. Soit environ 23 700 dossiers en attente en 2015.

Catherine Travet fait partie de ces retraités. Cette femme de ménage de 62 ans, qui réside dans la Somme, est officiellement partie à la retraite le 1er novembre 2014. Presque un an plus tard, elle n'a toujours pas reçu sa première pension. "C'est un stress permanent, on ne sait plus quoi faire !" témoigne la sexagénaire, contactée par francetv info.

"Nous avons dû vendre une de nos deux voitures"

Annick Dumont, elle aussi femme de ménage à la retraite, attend depuis le 1er avril que la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) du Pas-de-Calais lui verse sa pension. "Lorsque j'ai déposé mon dossier de retraite, j'ai demandé si je pouvais conserver une petite activité : on m'a dit oui tout de suite", raconte la retraitée de 65 ans, interrogée par francetv info.

Elle s'engage donc aussitôt pour six heures de ménage par semaine. Deux mois plus tard, la Cnav lui envoie pourtant un courrier l'informant que son dossier est bloqué. "Ils m'ont dit que j'aurais dû attendre qu'on me verse ma pension avant de recommencer à travailler, ce qu'on ne m'avait pas expliqué lors de mon rendez-vous", s'agace la retraitée, qui a depuis arrêté de travailler.

Les mois sans revenus ont été difficiles à vivre pour Annick Dumont et son mari. "Nous vivons grâce à la retraite de 1 500 euros de mon époux depuis avril, explique-t-elle. Nous arrivons encore à joindre les deux bouts, mais nous avons dû vendre une de nos deux voitures pour avoir un peu de marge et payer nos 300 euros de loyer."

"Je ne sais pas comment nous allons payer nos impôts"

Catherine Travet, elle, est propriétaire de sa maison. Elle vit depuis un an grâce aux 1 300 euros de revenus de son mari et aux 400 euros qu'elle gagne en faisant quelques ménages. "Sans cela, nous aurions de grosses difficultés", confie-t-elle.

"On vit à la campagne et on produit nos légumes et nos volailles, donc on s'en sort encore, explique la sexagénaire. Mais nos impôts ont augmenté cette année et nous devons payer 2 600 euros d'ici le 15 novembre. Je ne sais pas comment nous allons faire."

Comme à Annick Dumont, l'administration lui avait précisé, lors de la constitution de son dossier, qu'elle pouvait poursuivre une activité réduite. Pourtant, Catherine Travet a ensuite reçu un courrier la prévenant qu'"elle faisait trop d'heures pour toucher sa pension""J'ai essayé de les recontacter pour en savoir plus sur les raisons précises du blocage de mon dossier, déplore-t-elle, à bout de nerfs. Personne ne répond à mes courriers ou mes coups de fil, personne ne peut me recevoir : j'ai l'impression d'être complètement abandonnée !"

Impossible de "profiter un peu" de la retraite

La sexagénaire, qui a commencé à travailler à 16 ans, a "cotisé toute sa vie". "Maintenant qu'est venue l'heure de profiter un peu, on me coupe l'herbe sous le pied, c'est inadmissible." Face à l'absence de réponse de la Carsat, elle a contacté Patricia Duvieubourg, une responsable associative qui a lancé l'initiative "SOS Carsat" pour venir en aide aux retraités sans pension.

Annick Dumont en a fait de même, avec plus de succès. Grâce à l'intervention de Patricia Duvieubourg, qui a fait pression auprès de la Carsat pour que les dossiers bloqués soient traités en urgence, elle a enfin obtenu une réponse. "J'ai reçu un mail disant qu'on allait me verser 3 000 euros dans la semaine, se réjouit la retraitée. Mais je ne sais pas à quoi cela correspond, ni si mon dossier a finalement été validé."