Revalorisation dans l'Éducation nationale : "ces annonces créent de la tension", critique une syndicaliste du SGEN CFDT

Le ministère de l'Éducation nationale a présenté aux syndicats différentes hypothèses de répartition de la première enveloppe de 500 millions d'euros pour 2021.

Des enseignants lors d’une manifestation à Bordeaux, le 22 janvier 2020 (photo d’illustration).
Des enseignants lors d’une manifestation à Bordeaux, le 22 janvier 2020 (photo d’illustration). (MEHDI FEDOUACH / AFP)

Une partie de la revalorisation prévue dans l'Éducation nationale pour compenser la réforme des retraites servira à indemniser les enseignants qui accepteront de suivre des formations pendant les vacances. Ces "annonces ne satisfont aucune organisation syndicale et créent de la tension", a réagi sur franceinfo mardi 11 février Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du SGEN CFDT. "Ces mesures vont intensifier le travail des enseignants", a-t-elle dénoncé.

Franceinfo : Le ministère a présenté aux syndicats les différentes hypothèses de répartition de la première enveloppe de 500 millions d'euros pour 2021. Après cette annonce, les négociations avec le gouvernement s’annoncent-elles risquées ?

Catherine Nave-Bekhti : Les annonces de vendredi, avec ces mesures qui ne satisfont aucune organisation syndicale, créent de la tension qui n'était pas utile. Il y a déjà suffisamment de tension dans la société et dans le système éducatif et de désaccords avec le ministère pour ne pas en rajouter. Ces mesures ne nous conviennent pas parce qu’elles vont intensifier le travail des enseignants là où le système éducatif a besoin d’enseignants disponibles pour faire de l’accompagnement des élèves. Ce temps-là, les enseignants ne l’auront pas si on leur rajoute encore et encore des heures supplémentaires.

Avec ces conditions, le gouvernement montre sa volonté de vous attribuer de nouvelles missions si elles sont payées. Est-ce que cela vous semble jouable ?

Cela ne nous semble pas jouable dans le sens où le temps de travail des enseignants est déjà un temps plein. Toutes les dernières enquêtes du ministère le montrent, les enseignants travaillent jusqu’à 20 jours pendant les vacances scolaires qui sont bien les vacances des élèves et pas les congés des personnels qui réalisent une partie de leurs missions pendant les vacances (préparation de cours, correction de copies, etc). Toutes les réformes de ces dernières décennies supposent une plus grande implication de l’ensemble du personnel (conseillers principaux d’orientation, psychologues de l’Éducation nationale, enseignants) dans l’accompagnement des élèves. Or, ce temps-là n’existe pas et lorsqu’il est réalisé, il n’est jamais reconnu.

Ces contreparties peuvent-elles vous faire changer d’avis sur la réforme des retraites ?

Nous ne soutenons pas la réforme du gouvernement, nous sommes favorables à une réforme des retraites parce qu’il y a lieu d’adapter la protection sociale aux réalités du travail. En l’état, la réforme proposée par le gouvernement pose plusieurs difficultés : elle n’est pas pleinement juste, le minimum de pension n’est pas suffisant, la prise en compte de la pénibilité n’est pas suffisante. Pour le moment, on n’a pas encore la visibilité suffisante. Les 500 millions d’euros, c’est la première enveloppe de revalorisation, d’autres enveloppes doivent suivre dans le cadre d’une loi de programmation mais on ne l’a connaît pas encore. Le gouvernement doit montrer qu’il se donne bien comme obligation la réussite absolue de la compensation du système des retraites mais aussi d’assurer une réelle attractivité des carrières enseignantes. On a du mal à recruter en ce moment  des enseignants en France, il est temps de se poser les vraies questions. Et les vraies questions, c’est que les conditions de travail et de vie des enseignants, notamment en début de carrière, sont loin d’être satisfaisantes.