Réforme des retraites : la majorité est prête à faire "plus que des concessions", assure une députée LREM

Célia de Lavergne, vice-présidente de la commission spéciale chargée de l'examen de la réforme, assure que le gouvernement n'entend pas faire passer la réforme en force : "Je pense très honnêtement que nous pouvons aller au bout des débats parlementaires".

La députée LREM de la Drôme et vice-présidente de la commission spéciale chargée de l\'examen de la réforme Célia de Lavergne, le 15 novembre 2017 à l\'Assemblée nationale.
La députée LREM de la Drôme et vice-présidente de la commission spéciale chargée de l'examen de la réforme Célia de Lavergne, le 15 novembre 2017 à l'Assemblée nationale. (MARTIN BUREAU / AFP)

Les députés entament mardi 18 février le deuxième jour de l'examen de la réforme des retraites présentée par le gouvernement. Après une première soirée de débats à l'Assemblée nationale sur le texte initial, marquée par plusieurs motions de rejet, la députée LREM de la Drôme et vice-présidente de la commission spéciale chargée de l'examen de la réforme Célia de Lavergne, assure sur franceinfo que la majorité est prête à faire "plus que des concessions" à l'opposition et ne souhaite "absolument pas" l'utilisation de l'article 49-3 de la Constitution. "Je pense très honnêtement que nous pouvons aller au bout des débats parlementaires", explique-t-elle.

franceinfo : C'est mal parti pour un vote définitif avant l'été ?

Célia de Lavergne : Il n'y a absolument rien d'inhabituel dans ce que nous avons connu hier. Les motions de rejet se font en général sur chaque texte. C'est un moyen pour les oppositions de marquer leur contestation sur les projets de loi. Pour autant, évidemment, hier, c'était animé parce que chacun a fait valoir ses arguments. Mais comme nous l'avons dit, nous continuons dans l'examen de ce texte et nous irons jusqu'au bout pour l'examiner et avoir le débat parlementaire que les Français souhaitent. Sur la question du financement, je rappelle que le projet de loi prévoit les dispositions du financement du futur système. Ce qui se travaille aujourd'hui avec les partenaires sociaux, avec la conférence de financement, c'est comment on met sur les rails le futur système en 2027, en commençant à l'équilibre. Nous aurons des discussions dans le débat parlementaire : quel va être ce futur système ? Comment va-t-il fonctionner ? Comment va-t-on cotiser ? À quelles prestations aura-t-on droit ? Par ailleurs, il y a des choses qui se discutent encore sur le départ à zéro en 2027 et un certain nombre de sujets sur lesquels nous sommes très attachés, qui sont les droits des familles, la pénibilité, sur lesquels les parlementaires travaillent en parallèle avec les partenaires sociaux.

Êtes-vous prêts à faire des concessions sur cette pénibilité ? C'est ce que réclame une partie de l'opposition.

Plus que des concessions. Nous y sommes très attachés. Nous surveillons de près le travail qui est fait aujourd'hui par le gouvernement avec les partenaires sociaux. Il y a des avancées. Nous voyons dans le projet de loi initial déjà, que le compte de pénibilité est ouvert du privé au public. Il y a eu des annonces, jeudi dernier, du Premier ministre sur la création d'un droit à la reconversion. C'est-à-dire que lorsque vous avez un métier pénible depuis dix, quinze, vingt ans, vous avez une formation longue pour vous reconvertir. 

Nous avons également travaillé sur la possibilité, en déplafonnant ce compte de prévention, de pouvoir passer à mi-temps à partir d'un certain âge, pour que les fins de carrière soient plus faciles à vivre.Célia de Lavergne, députée LREMà franceinfo

Et puis, la création aussi d'une visite à 55 ans qui permet de définir si oui ou non, vous êtes en incapacité de travail et éventuellement partir en départ anticipés à la retraite. Ce sont des choses déjà acquises, et il y aura, à mon avis, encore des choses à faire sur ce qu'on appelle la poly-exposition, c'est-à-dire la prise en compte de "l'effet cocktail" de plusieurs risques de pénibilité que vous pouvez avoir dans votre métier, et des choses à faire aussi par branche, probablement sur comment on qualifie mieux la pénibilité, notamment sur tout ce qui est postures, manutention, tous les critères qu'on dit ergonomiques.

Malgré tout, 41 000 amendements sont déposés dans ce projet de loi. Il n'y aura pas de recours au 49.3 pour ce projet de loi, vous le garantissez ?

Nous ne le souhaitons absolument pas. Et nous nous sommes préparés à avoir un débat, même très long. Pour l'instant, nous ne mettons pas du tout dans cette posture-là et je pense très honnêtement que nous pouvons aller au bout des débats parlementaires. Cela va prendre du temps. Nous en sommes conscients, mais nous souhaitons aller au bout. D'abord parce que le gouvernement et la majorité souhaitent aller au bout. Le 49.3 est souvent un outil utilisé par le gouvernement contre sa majorité. Aujourd'hui, nous allons dans le même sens. On a le mandat des Français pour le faire. Donc on ira jusqu'au bout. Effectivement, cela prendra peut-être du temps, mais nous avons besoin de ce débat pour creuser chacun des sujets en particulier. On vient d'évoquer la pénibilité, mais il n'est pas envisageable qu'on vote cette réforme sans avoir un débat sur chacun de ces sujets. Cela a commencé, contrairement à ce qu'on a entendu, en commission spéciale, où nous avons pu déjà défricher pas mal de sujets, voire, voter. Nous partons certes du texte initial, mais enrichi des débats de la commission spéciale. Nous savons déjà qu'il y a une quarantaine d'amendements que nous allons adopter qui font évoluer le projet de loi initial. Nous les ré-adopterons en séance. Nous avons aussi eu des grands débats sur les grands thèmes, les fameux droits familiaux, la pénibilité, le système par points, les carrières longues. Tous ces sujets-là ont déjà été abordés en commission spéciale, même si, effectivement, le texte écrit sur lequel nous travaillons aujourd'hui est bien le texte initial.