Six questions sur Salto, la plateforme de France Télévisions, TF1 et M6 pour contrer Netflix

Les trois groupes audiovisuels français vont s'unir pour lancer une plateforme en ligne payante qui offrira, selon eux, "une variété sans égal" de programmes.

Capture d\'écran de la page d\'accueil de Salto, la future plateforme commune à France Télévisions, TF1 et M6, annoncée le 15 juin 2018. 
Capture d'écran de la page d'accueil de Salto, la future plateforme commune à France Télévisions, TF1 et M6, annoncée le 15 juin 2018.  (SALTO)

C'est une alliance inédite dans la vidéo en ligne. Les groupes France Télévisions, TF1 et M6 ont contre-attaqué, vendredi 15 juin, face aux géants américains Netflix et Amazon en annonçant la création d'une plateforme commune, baptisée Salto. "Avec Salto, France Télévisions, M6 et TF1 entendent proposer une réponse ambitieuse aux nouvelles attentes du public", ont indiqué les trois groupes audiovisuels dans un communiqué. De nombreuses inconnues subsistent, à commencer par la date de lancement du projet. Franceinfo fait le tour des questions qui se posent.

Quel est l'objectif des trois groupes ? 

En rassemblant leurs programmes sur un site internet commun, France Télévisions, TF1 et M6 espèrent créer un contrepoids aux offres délinéarisées des mastodontes américains qui leur raflent les jeunes publics. Et il y a urgence : Netflix, présent depuis seulement quatre ans dans l'Hexagone, y compterait désormais 3,5 millions d'abonnés, selon Libération, soit plus qu'OCS, le bouquet payant d'Orange. Au rythme auquel il croît (100 000 clients par mois selon le quotidien), l'ogre Netflix semble en mesure de s'imposer tôt ou tard comme le numéro un de la télévision payante en France, devant Canal+ et ses 4,9 millions d'abonnés.

Quand cette plateforme sera-t-elle lancée ? 

Aucune date n'a été communiquée à ce stade. "Nous avons eu un accord des trois groupes hier. D'ici quelques semaines, nous devrions pouvoir déposer une notification auprès des autorités de la concurrence, car il s'agit d'une concentration : nous allons créer une société commune dans laquelle chacun de nos groupes disposera d'un tiers des actions. Il faut une autorisation pour cela", a expliqué sur franceinfo Julien Verley, directeur du développement commercial de France Télévisions. 

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Cette société commune, créée pour porter le projet Salto, devra être validée par l'Autorité de la concurrence. Il s'agit d'une démarche sans précédent pour ces groupes audiovisuels aux statuts différents – deux privés et un public – qui se battent entre eux au quotidien pour capter les téléspectateurs. TF1 et France Télévisions représentent à eux deux 75% de la création audiovisuelle en France.

Il faudra donc attendre plusieurs mois avant le lancement officiel de Salto, qui pourrait n'intervenir que courant 2019, selon Le Monde.

Comment sera diffusée cette nouvelle offre ?

Cette plateforme, dite OTT ("Over-The-Top Service"), sera accessible via internet, sur ordinateur, tablette ou smartphone, ou sur certains téléviseurs connectés, tout comme Netflix ou Prime Video d'Amazon. "Le développement de la consommation de contenus sur internet va être un vecteur de croissance important. Aujourd'hui, ce terrain est seulement occupé par des acteurs américains, c'est pourquoi on a décidé d'y proposer nos contenus", explique encore Julien Verley. En s'alliant, TF1, M6 et France Télévisions pourront aussi mutualiser leurs investissements technologiques et tenter de concevoir une interface intuitive et fluide pour Salto alors que, pour l'heure, leurs plateformes gratuites MyTF1, 6Play et france.tv (qui coexisteront avec Salto) peine à concurrencer Netflix sur ce plan.

L'offre sera-t-elle compatible avec toutes les box internet, ce qui n'est pas le cas pour Netflix, non accessible via la Freebox par exemple ? Cela n'a pas été précisé. "Le minimum serait de proposer une application mobile, ainsi que la possibilité d'accéder à Salto sur une smart TV, via une Apple TV ou encore une Chromecast", suggère le site 01net.com"C'est une plateforme numérique de télé qui sera distribuée sur internet, via des applications", indique Julien Verley. "L'idée est que cette offre soit portable : si votre abonnement est français à la base, vous devrez pouvoir y accéder partout dans le monde."

Certains internautes ont d'ores et déjà pointé un paradoxe : dans les mentions légales, il est précisé que la plateforme sera hébergée sur Amazon Web Services, le service de cloud d’Amazon, et non chez les Français d’OVH. L'objectif affiché est pourtant de concurrencer Amazon.

Quel est le montant investi ?

Le montant des investissements dans la plateforme n'a pas été précisé. Mais selon Le Monde, les associés se sont engagés à investir au minimum 50 millions d’euros. À titre de comparaison, Netflix investit 7 à 8 milliards de dollars par an uniquement pour la création de contenu, comme le rappelle Numerama.

D'autres chaînes pourront-elles être associées ? Canal+, numéro un de la télévision payante et propriétaire des chaînes gratuites C8, CStar et CNews, est absent du projet. Mais France Télévisions, TF1 et M6 se disent ouverts à ce que d'autres chaînes les rejoignent. "La plateforme a vocation à s'ouvrir aux programmes d'autres éditeurs dès son lancement", peut-on lire dans le communiqué.

Quel sera le catalogue proposé ? 

C'est l'une des grandes questions. Salto "permettra de retrouver tous les meilleurs programmes de télévision (le direct et le rattrapage), mais aussi de découvrir des programmes inédits", assure les chaînes, qui promettent qu'elle "s'articulera de la meilleure manière avec les plateformes gratuites existantes : MYTF1, 6Play et france.tv"

"Vous y retrouverez la diversité des contenus proposés par nos acteurs. L'offre sera éditorialisée, et proposera du sport, du divertissement, de la fiction américaine et européenne", précise Julien Verley sur franceinfo"Cette plateforme a vocation à financer ses propres programmes", confirme-t-il. On devrait donc pouvoir y trouver par exemple des séries cofinancées par TF1 et France Télévisions. 

Quid des programmes de France Télévisions déjà diffusés sur Netflix, comme la série Dix pour cent ? Le géant du streaming américain doit régulièrement renégocier les droits de diffusion de ses contenus extérieurs. On ignore si France Télévisions, TF1 et M6 continueront de lui en accorder après le lancement de Salto.

Combien coûtera l'abonnement ?

Les tarifs n'ont pas été précisés mais, selon une source proche du dossier, ce nouveau service devrait afficher un abonnement de base inférieur à 5 euros par mois. "On n'a pas encore arrêté les prix définitifs, ils seront testés sur le marché. Il y aura d'abord un prix accessible qui donnera accès à la télé en live et de rattrapage, puis un service complémentaire qui donnera accès à un catalogue très riche d'exclusivités, avec un catalogue étendu", explique Julien Verley.

Il y aura donc deux formules d'abonnement. Selon Le Monde, l'offre basique, pour le direct et le replay, devrait se situer "entre 2 et 5 euros" et l'offre enrichie, pour accéder à des films, séries, documentaires, pourrait atteindre entre "7 et 8 euros". Comme le souligne le site 01net.com, il ne sera pas évident de faire payer des internautes pour des contenus dont ils disposent déjà gratuitement en replay via leur box internet. Mais sur une fenêtre de sept jours maximum pour l'instant.