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Révocation de Mathieu Gallet : "une décision regrettable" selon un ancien membre du CSA

Après la décision du CSA de révoquer Mathieu Gallet, un ancien membre de l'institution, Patrice Gélinet, s'est inquiété mercredi sur franceinfo de la façon "dont la ministre a traité l'affaire".

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Radio France
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Patrice Gélinet lorsqu'il était membre du CSA, à Paris le 22 octobre 2015. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Le choix du CSA de révoquer Mathieu Gallet de son poste de PDG de Radio France est une "décision regrettable" a déclaré sur franceinfo mercredi 31 janvier Patrice Gélinet, ancien membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel. L'ancien directeur de France Culture siégeait au CSA quand Mathieu Gallet a été nommé en 2014. Le CSA a décidé de retirer son mandat à Mathieu Gallet, à compter du 1er mars, suite à sa condamnation pour favoritisme quand il dirigeait l'INA. Ce qui inquiète Patrice Gélinet, "c'est la façon dont [cette affaire] a été traitée par la ministre de la Culture". Il ajoute qu'en "demandant au CSA de tirer des conséquences de la condamnation de Mathieu Gallet, [la ministre] a remis en cause son indépendance."

franceinfo : Quelle est votre première réaction, après cette décision du CSA ?

Patrice Gélinet : En tant qu'ancien membre, je n'ai pas à commenter publiquement une décision du CSA. Cela dit, à titre personnel, je ne peux que le regretter pour Radio France. Au moment où le groupe se porte bien, où il atteint des résultats d'audience inégalés grâce à sa direction, et alors que se prépare une réforme profonde de l'audiovisuel public, Radio France n'avait pas besoin d'être fragilisée par le départ de son président. C'est un mauvais moment, et avant même que la justice ne se soit définitivement prononcée puisque Mathieu Gallet a fait appel. J'ajoute que même si le CSA a pris sa décision en toute indépendance, ce qui m'inquiète dans cette affaire, c'est la façon dont elle a été traitée par la ministre de la Culture. En demandant au CSA de tirer des conséquences de la condamnation de Mathieu Gallet, elle a remis en cause son indépendance. Aucun ministre de la Culture n'avait osé le faire avant elle. Mme Nyssen, qu'on le veuille ou non, a rendu plus difficile la décision du Conseil.

Vous pensez aujourd'hui que le CSA n'était pas dans une position totalement libre ?

Je ne dis pas qu'il n'était pas libre. Je suis même persuadé qu'il a pris sa décision après avoir beaucoup réfléchi et qu'il l'a prise en toute indépendance. Cela dit, il risquait de faire peser sur lui des soupçons de manque d'indépendance, justement. C'est un risque qu'il a pris. Encore une fois, je ne mets pas en cause sa décision. Mais je trouve vraiment déplorable, et très inquiétant, que la ministre ait pu ainsi donner le sentiment qu'elle dictait sa conduite au Conseil.

Depuis 2013, le CSA a le pouvoir de nommer les responsables de l'audiovisuel public. Est-ce que dans la future réforme qui arrive, ce n'est pas plus sain que ce soit les conseils d'administration des entreprises publiques concernées qui décident et non cette autorité administrative indépendante ?

Je le pense aussi. Effectivement, cela rendait très difficile les choix du CSA qui étaient souvent contestés – sauf en ce qui concerne Mathieu Gallet, puisque nous avons pris cette décision à l'unanimité [en février 2014]. Mais il est vrai que désigner un président de l'audiovisuel public, que ce soit France Télévisions, Radio France ou France Médias Monde, alors qu'on n'en a pas la tutelle – la tutelle c'est le gouvernement qui l'a – cela met le Conseil dans une position délicate. S'il s'agit de confier aux conseils d'administration de chacun de ces groupes le choix de son président, j'y suis plutôt favorable.

On sait que c'est une année cruciale pour l'audiovisuel public et notamment pour Radio France. Il va falloir que les présidents discutent avec le gouvernement, avec l'Etat, avec Françoise Nyssen. Comment – avec un nouveau président qui va assurer l'intérim le rapport de force va-t-il s'instaurer ? Radio France est-elle affaiblie ?

C'est ce que j'ai dit. Je regrette que la décision soit tombée à ce moment-là, sans attendre que la justice se soit définitivement prononcée. C'est effectivement extrêmement difficile.

Matthieu Gallet pouvait-il à la fois mener de front un combat sur le plan judiciaire et pour l'avenir du groupe dans ce contexte difficile ?

Je n'en sais rien. Véritablement. À l'évidence, la ministre n'a pas respecté son indépendance, donc effectivement, ultérieurement, cela aurait été assez difficile. C'est peut-être une des raisons d'ailleurs pour laquelle le CSA a pris cette décision. Ce qui m'inquiète c'est qu'il n'y a pas que l'audiovisuel public. Le CSA aussi va être réformé, sans doute, dans ses attributions. Le CSA risque de perdre son indépendance. C'est une chose qui ne doit absolument pas se produire.

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