Peter Cherif et les attentats de janvier 2015 : "Le seul espoir", c'est d'"obtenir les éléments des services de renseignement"

L'avocat Philippe Stepniewski estime que la preuve d'une implication directe de Peter Cherif dans l'attentat de "Charlie Hebdo" sera difficile à établir. 

L\'avocat Philippe Stepniewski en février 2015. 
L'avocat Philippe Stepniewski en février 2015.  (THOMAS SAMSON / AFP)

Une semaine après son arrestation à Djibouti, Peter Cherif a été déféré jeudi 27 décembre en vue de l'exécution d'une peine de cinq ans de prison pour avoir combattu en Irak en 2004 et d'une nouvelle mise en examen. En raison de ses liens avec les frères Kouachi, son nom apparaît dans l'enquête sur les attentats de janvier 2015 mais il ne fait actuellement l'objet d'aucun mandat d'arrêt dans ce dossier. Philippe Stepniewski, l'avocat d'Ingrid Brinsolaro, veuve du garde du corps de Charb, a estimé jeudi sur franceinfo que "l'espoir est assez mince" d'établir son implication directe dans l'attentat contre Charlie Hebdo. "Je ne sais pas si on pourra obtenir les éléments d'informations des services de renseignement américains, français ou autres, qui permettraient d'établir ce lien. Mais c'est le seul espoir qu'on peut nourrir", a-t-il ajouté.

franceinfo : Visiblement, les enquêteurs ont du mal à établir une implication directe dans les attentats de 2015 ?

Philippe Stepniewski : Déjà, il n'y a pas eu de mandat d'arrêt à son encontre dans le cadre de la procédure d'information ouverte à la suite des attentats. Mais à ce niveau-là, cela ne repose pas sur des investigations policières. Ce sont simplement des informations obtenues par les services de renseignement qui permettraient d'établir un lien. Or, elles sont assez économes, pauvres, en terme d'informations.

Ce lien pourra-t-il être établi plus tard ?

C'est toujours un espoir qui est assez mince. Mais il repose, comme je le disais, sur le travail des services de renseignements. Ont-ils des informations, veulent-ils les communiquer ? C'est toute les questions qui se posent en cette matière. Mais vous savez, on est quelque part en limite avec le dossier d'information. Ce qu'il faut espérer, c'est que la nouvelle procédure qui sera ouverte contre Peter Cherif pourra rapidement être jointe à celle qui est bientôt terminée, puisqu'on attend l'ordonnance de règlement du juge d'instruction, et qui sera évoquée en 2020 devant une juridiction de jugement.

Pensez-vous qu'il pourra être jugé dans le procès Charlie Hebdo qui s'annonce ?

C'est un très faible espoir. Le calendrier est serré et les éléments sont infimes. Mais vous savez, l'espoir de madame Brinsolaro se conjugue avec ses déceptions. Concernant les frères Kouachi, ils étaient connus depuis de nombreuses années, ils étaient suivis par les services de renseignement et malgré ça, on a très peu de choses les concernant. Je ne sais pas si on pourra obtenir les éléments d'informations des services de renseignement américains, français ou autres, qui permettraient d'établir ce lien. Mais c'est le seul espoir qu'on peut nourrir.

Comment Ingrid Brinsolaro vit-elle l'arrestation de Peter Cherif, proche des frères Kouachi ?

C'est un moment très difficile, on approche du mois de janvier. C'est toujours cette espèce d'insatisfaction. Ma cliente n'est pas en recherche de coupables absolus qui devraient être condamnés. Mais quand vous n'avez dans la vie qu'une vérité partielle en réponse à un drame comme le sien, on reste toujours avec une douleur lancinante.

Le risque, c'est que le procès qui se profile ne concerne que des prévenus qui ne soient pas directement impliqués ?

Dont les rôles sont mineurs, oui. Je crois qu'on va se retrouver dans la même configuration que pour le procès Merah, où il y avait peut-être d'autres niveaux à évoquer et qui ont été survolés.

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