Déménagement de la DRH de "Charlie Hebdo" : "On voit bien qu'on est dans la terreur" et que "la menace est toujours là"

Pour Guillaume Denoix de Saint-Marc, porte-parole et directeur de l'Association française des victimes du terrorisme (AFTV), le terrorisme lié à l'islam radical reste présent.

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Marika Bret, directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, à son arrivée à la cour d'assises de Paris le 9 septembre 2020 dans le cadre du procès des attentats de janvier 2015.  (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"On voit bien qu'on est dans la terreur et cette terreur est d'autant plus prégnante aujourd'hui que la menace est toujours là, venant de la même idéologie", analyse Guillaume Denoix de Saint-Marc, porte-parole et directeur général de l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT), mardi 22 septembre sur franceinfo, après le témoignage de la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo. Marika Bret a fait savoir qu'elle avait dû déménager en urgence il y a une semaine, à la sortie du tribunal, un jour de procès des attentats de janvier 2015, car sa sécurité n'était plus assurée chez elle.

franceinfo : Marika Bret, la DRH de Charlie Hebdo, alerte sur le climat de haine qui est toujours actuel. Que pensez-vous de sa démarche ?

Guillaume Denoix de Saint-Marc : Elle a parfaitement raison, il y a longtemps qu'on aurait dû réagir. Il y a un combat idéologique contre le salafisme radical qu'on refuse de voir. On a cru que simplement par les aspects judiciaire et sécuritaire, on pourrait lutter contre eux. Mais il s'agit d'une idéologie, donc il faut lutter dans l'agora, il faut constamment tacler les arguments, il faut défendre nos valeurs, il faut agir auprès des écoles, des lycées. Il ne faut rien laisser passer, constamment les valeurs de la république sont mises en porte à faux, sont poussées. Il ne s'agit pas de racisme, il s'agit de défendre les valeurs universelles des Droits de l'Homme et on ne peut le faire que par un travail, certes sécuritaire, mais aussi par un travail d'éducation, un travail de confrontation d'idées, pour défendre ce qui est le socle de notre civilisation.

Marika Bret a dû déménager en urgence après des menaces. Pour vous, cela montre que le danger est toujours présent ?

Ça souligne quelque chose que nous sentons bien à l'Association française des victimes du terrorisme, puisque nous sommes partie civile dans plus de 80 dossiers, que nous suivons des affaires qui datent des fois des années 1970. C'est que le terrorisme est toujours là et que le terrorisme lié à l'islam radical est plus que présent. Il y a encore eu des attaques contre les intérêts français au Niger au mois d'août, pour ne parler que des derniers événements. Constamment il y a des attentats partout dans le monde liés à cette mouvance. Le danger a muté mais le danger est le même depuis de nombreuses années et on n'a pas encore réussi à l'éradiquer parce qu'on ne s'est pas encore attaqués à la source qui est l'idéologie radicale qui est derrière et qui peut alimenter d'autres idéologiques radicales différentes, en contre-point. On est dans une tension extrême et tant qu'on n'aura pas réussi à apaiser tout ça, à défendre sereinement nos valeurs et à parler aux jeunes - parce que ce sont souvent les jeunes qui sont recrutés par les extrémistes - on aura perdu le combat.

Comprenez-vous les victimes qui refusent de témoigner au procès des attentats de janvier 2015 ?

Bien sûr qu'on les comprend. C'est bien pour ça qu'il y a une cour spéciale qui a été constituée, parce qu'on a toujours peur qu'un jury populaire ait peur de venir. On voit bien qu'on est dans la terreur et cette terreur est d'autant plus prégnante aujourd'hui que la menace est toujours là, venant de la même idéologie. C'est bien pour ça que l'AFVT est présente, pour représenter toutes les victimes qui ne veulent pas venir au procès. La plupart des victimes sont quand même venues, beaucoup ont hésité jusqu'au dernier moment, on a encore des cas aujourd'hui de personnes qui hésitaient encore ce matin mais qui finalement ont témoigné. C'est totalement compréhensible. Heureusement qu'elles ont eu un sursaut en se rendant compte qu'il est important qu'on les entende et que leur voix sont importantes. Je crois qu'il est très important qu'on comprenne ce que c'est de vivre avec la peur au ventre, de voir de quelle manière notre vie est complètement bousculée après un attentat. Certes on peu se reconstruire mais c'est un processus très long, très compliqué, c'est quelque chose qui est hasardeux, épisodique, avec des allers-retours. La vie d'après est complètement différente de la vie d'avant. C'est ce que les victimes viennent dire à la barre quand elles ont le courage de venir en parler. 

C'est très important qu'on les entende parce que la terreur vient aussi du fait qu'on n'ose pas en parler

Guillaume Denoix de Saint-Marc, directeur et porte-parole de l'AFTV

à franceinfo

Ca devient un sujet tabou. On ne veut pas entendre ces victimes. Elles ne demandent pas d'aide, elles demandent juste à ce qu'on les entende. Par respect, en tant que citoyen français, il est important qu'on entende toutes ces victimes.

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