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"Charlie Hebdo" : que représente le nouveau numéro pour vous ?

La nouvelle livraison de l'hebdomadaire, une semaine après l'attentat qui a touché la rédaction, continue de faire polémique. 

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France Télévisions
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Un exemplaire de "Charlie Hebdo" dans un centre de distribution, à Nantes (Loire-Atlantique), le 13 janvier 2015. (  MAXPPP)

Des files d'attente devant les kiosques à journaux dès l'ouverture, des ruptures de stock à 7 heures, des lecteurs qui se lèvent tôt pour demander Charlie, exposé sur des présentoirs comme une tête de gondole... Une semaine après l'attentat survenu dans la rédaction de l'hebdomadaire satirique, point de départ d'une vague d'attaques terroristes en région parisienne, le numéro des "survivants" de Charlie Hebdo s'arrache.

Mercredi 14 janvier, ceux qui ont réussi à en obtenir un exemplaire, et ceux qui s'indignent devant sa une donnent leur sentiment. 

Un classique : il est presque comme les autres

"Il n'était pas question que 'Charlie Hebdo' paraisse dans les kiosques pour devenir 'Okapi' [magazine pour adolescents] ou un journal qui aurait neutralisé totalement ce qui faisait sa singularité", a lancé la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, sur France Info. Dans sa critique, Rue 89 se réjouit de trouver dans ce numéro "les mêmes têtes de Turc : le pape et son air réjoui, les djihadistes et leur morve au nez, les chefs d’Etats présents dimanche ('une famille de clowns décimée, dix de retrouvés'). Et puis bien sûr, des culs sous les burqas et la petite bande des terroristes." Pour le site d'informations, l'hebdo a gardé son mordant, refusant de céder à "la mièvrerie" post-traumatisme.

Dans les commentaires, @anonyme relève ainsi sa caricature favorite. 

 

"Bien sûr, ce n'est pas le meilleur numéro de 'Charlie Hebdo'. Trop d'effroi et de tristesse", explique le JDD. La chronique du numéro décrit "une plongée dans l'horreur de l'attentat du 7 janvier." Une plongée façon Charlie Hebdo, comme dans ce message au pape François : "Nous n'acceptions que les cloches de Notre-Dame sonnent en notre honneur que lorsque ce sont les Femen qui les font tinter". "J'ai lu le nouveau 'Charlie Hebdo' et j'ai retrouvé cette impertinence tendre", relève pour sa part le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, interrogé sur France Inter.

En guise d'approbation, d'autres lecteurs se contentent de remercier Charlie, comme ici un journaliste d'Europe 1. 

Une insulte : la preuve qu'ils sont des provocateurs

Le dessin qui dérange le plus s'affiche en une. Il représente la seule apparition du prophète Mahomet, en pleurs, sous la plume du dessinateur Luz. Pour l'Union mondiale des oulémas musulmans, dirigée par le prédicateur Youssef al-Qaradaoui, il n'est "pas sage" de publier de nouveaux dessins du prophète. Une mise en garde qui vaut pour Charlie Hebdo, mais aussi pour les nombreux journaux dans le monde qui agiront de même par solidarité avec l'hebdomadaire satirique. "Il n'est ni raisonnable ni logique, ni sage de publier les dessins et les films offensant le prophète ou attaquant l'islam", écrit cet organisme basé au Qatar, dans un long communiqué.

"Si on est d'accord que [les auteurs d'attentats] sont une minorité qui ne représente ni l'islam, ni les musulmans, alors comment peut-on y répondre par des actes qui ne sont pas dirigés contre eux, mais contre le prophète vénéré par un milliard et demi de musulmans ?", s'interroge-t-il. Ces publications ne feront qu'"attiser les haines, l'extrémisme et les tensions", poursuit l'organisme.

La veille de la sortie du titre, Al-Azhar, l'une des plus prestigieuses institutions de l'islam sunnite, basée en Egypte, avait déjà estimé que la publication de nouveaux dessins représentant Mahomet dans le journal satirique français allait "attiser la haine." "La liberté d'expression a aussi ses limites", poursuit un étudiant d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, cité par RFI. Un discours également partagé dans les commentaires de francetv info ainsi que sur les réseaux sociaux.

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Un combat : plus qu'un achat, un acte symbolique 

Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche, a fait de l'achat de Charlie Hebdo un acte militant. Mercredi, il a appelé les Français à acheter le journal. Sur RTL, il évoque un "acte civique" posant, par la même occasion, la question du financement de la presse d'opinion. Avant les attentats, l'hebdomadaire satirique était effectivement en grande difficulté.

A l'étranger, la rédaction de GBich, une parution satirique ivoirienne, citée par RFI, voit une autre portée symbolique dans ce nouveau numéro. Les journalistes de Charlie Hebdo "sont en train de nous dire qu'ils ne vont pas abandonner leur ligne éditoriale sous la menace. Je pense que c'est ce combat même qui doit être porté par tout le monde. On ne peut pas enfermer la pensée", analyse l'un de ces auteurs. Un avis partagé dans les commentaires de francetv info.

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