Arrestation de Peter Cherif : "Il fallait absolument trouver des commanditaires pour que l'enquête prenne son sens"

L'avocat Gérard Chemla est revenu sur l'arrestation du jihadiste, plus connu sous le pseudonyme d'Abou Hamza.

L\'avocat Gérard Chemla, le 29 avril 2008.
L'avocat Gérard Chemla, le 29 avril 2008. (ALAIN JULIEN / AFP)

"Il fallait absolument trouver des commanditaires, trouver des organisateurs pour que l'enquête prenne son sens", a affirmé vendredi 21 décembre sur franceinfo Me Gérard Chemla, avocat notamment de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac). Il a réagi à l'annonce de l'arrestation jeudi du jihadiste français Peter Cherif, proche des frères Kouachi, auteurs de l'attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015.

Il y a tout juste un mois, les juges d'instruction parisiens avaient annoncé la fin de leurs investigations, ouvrant la voie à un procès en 2020. Mais l'arrestation de Peter Cherif, 36 ans, plus connu sous le pseudonyme d'Abou Hamza, pourrait changer la donne.

franceinfo : Que représente cette arrestation pour vous ?

Gérard Chemla : C'est une prise importante, parce qu'on sait que c'est un terroriste français, on sait qu'il avait demandé que cet attentat ait lieu et on sait qu'il avait des liens avec Saïd Kouachi. Après, est-ce que c'est une prise importante uniquement dans ce dossier ou dans d'autres aussi, ce ne sont que les enquêtes qui pourront le dire. Le débat qu'on va avoir, c'est de savoir si la justice a les moyens de le confondre. Dans d'autres attentats, on voit le nom d'Abou Hamza [pseudonyme de Peter Cherif]. Il faut le situer et regarder les éléments qu'on a contre lui. Ce type ne doit pas une nouvelle fois passer entre les mailles du filet judiciaire.

Qu'est-ce qui vous inquiète ?

À ce stade, on a une arrestation. On sait que jusqu'en 2012, on a la preuve de liens entre Saïd Kouachi et lui, mais je ne suis pas certain qu'à ce stade, on ait les moyens d'affirmer qu'une accusation contre lui est établie. Il est évident qu'il va y avoir une recherche de preuves parce que la justice ne pourra pas se contenter de le renvoyer devant une cour d'assises sur des présomptions. C'est vrai qu'on va avoir un télescopage en termes de calendrier, parce que nous savons que le dossier de janvier 2015 venait de nous être annoncé comme terminé. Donc il va falloir que les juges se posent la question de savoir si on a des éléments qui permettent de rattacher avec solidité Abou Hamza à ce dossier-là.

Que vont-apporter ces éléments ?

Il faut regarder avec attention ce qu'on peut rattacher comme éléments avec cet homme-là. S'il y a des éléments, il faut prendre du temps. Pour l'instant, dans le dossier de janvier 2015, on a des morts des deux côtés, ce qui veut dire qu'on ne juge que des seconds couteaux qui n'ont pas participé de façon directe. On n'a pas un auteur. Si on peut voir le commanditaire, celui qui tire les ficelles, à ce moment-là on donnerait à ce procès une dimension totalement différente. On ne peut pas en faire l'économie. Il est évident que les victimes vont demander à ce que l'on recherche avec attention quels ont été les liens entre Peter Cherif et les frères Kouachi. Il ne faut pas se précipiter et se dire que l’on doit passer par une phase judiciaire qui doit se faire avec mesure et prudence. Donc, on doit laisser un peu de temps aux enquêteurs et au juge pour établir autre chose que des présomptions. Pour l'instant on sait que c'est un meneur d'une nébuleuse terroriste. On peut se dire que ça peut lancer l'enquête.