Linky : quatre questions autour du surcoût lié au déploiement des compteurs

Depuis 2015, 32 millions de compteurs ont déjà été installés, avec l'objectif d'équiper 90% des foyers d'ici à la fin 2021. Au total, l'achat et l'installation de ces compteurs coûtera 5,7 milliards, selon un rapport de la Cour des comptes en 2018.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 6 min.
Un compteur Linky, photographié à Paris le 1er juin 2021. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

Le petit boîtier vert fluo s'est attiré une nouvelle controverse. Lundi 31 mai, Le Parisien (article réservé aux abonnés) annonçait que les "usagers devr[aie]nt bel et bien rembourser leur compteur Linky" sur leurs factures d'électricité, contrairement aux engagements pris par l'ancien ministre de l'Industrie Eric Besson en 2011. A dire vrai, les lecteurs du rapport de la Cour des Comptes publié en 2018 savaient déjà que ce remboursement entrerait en vigueur en 2021, selon un dispositif jugé "coûteux pour le consommateur, mais avantageux pour (le gestionnaire du réseau électrique) Enedis". Pour ceux ou celles qui avaient raté l'information, franceinfo répond à quatre questions sur le compteur Linky et son coût. 

1Qu'est-ce que le compteur Linky ?

Il s'agit d'un compteur électrique communicant. Ce boîtier vert pomme transmet les données de consommation globale d'électricité du foyer et reçoit des ordres à distance. Le Linky permet ainsi de relever la consommation d'électricité sans déplacement de personnel pour le service public Enedis, ni obligation d'être présent pour le client. Le déploiement avait débuté en 2015, avec plus de 32 millions de compteurs installés au printemps 2021. L'objectif est d'équiper 90% des foyers d'ici à la fin 2021, soit 35 millions de compteurs.

Parmi les avantages de ce compteur intelligent : Linky permet à Enedis de faire des économies puisqu'il limite les erreurs et la fraude et qu'il limite également les besoins en personnel avec les relevés à distance. Le boîtier permet également à l'entreprise de mieux gérer les nouveaux usages du réseau (voiture électrique) ou les nouvelles sources d'électricité (énergies renouvelables), conformément aux directives européennes sur la modernisation du marché de l'électricité. Et il permet enfin aux fournisseurs d'électricité, grâce à la connaissance fine de la consommation électrique, d'affiner leurs différentes offres en proposant des réductions, par exemple, pour les heures creuses ou les week-ends.

2Qui paie l'installation des 30 millions de compteurs ?

Lorsque le programme Linky a été lancé, puis déployé en 2015, Enedis a payé 5,7 milliards d'euros pour l'achat et l'installation des compteurs. Mais il s'agissait d'une avance. Les usagers doivent rembourser ce coût à partir de 2021, soit six ans plus tard.

Voici le mécanisme tel qu'expliqué par la Cour des comptes : "Pour que l'installation des nouveaux compteurs ne se traduise pas par une augmentation immédiate de la redevance se répercutant sur la facture d'électricité des consommateurs dès 2014, la Commission de régulation de l'énergie a défini un mécanisme de différé tarifaire", explique-t-elle. En d'autres termes, l'usager paiera... mais avec retard. Et plus précisément à partir de 2021, "lorsque Enedis sera en mesure de réaliser les gains attendus (réduction des pertes, télé-relève, interventions à distance)".

L'idée est que le consommateur s'y retrouve entre, d'une part, les économies réalisées grâce à Linky, qui doivent se traduire par une facture moindre, et, d'autre part, le surcoût engendré par l'achat et l'installation du compteur.

"Ce différé constitue donc une avance faite par Enedis, remboursée par les consommateurs à partir de 2021."

La Cour des comptes

dans son rapport 2018 sur les compteurs Linky

3Pourquoi le remboursement de l'avance faite par Enedis pose-t-il problème ?

En réalité, Enedis se ferait rembourser un peu trop généreusement son avance. Dès 2018, la Cour des comptes estimait qu'Enedis facturait trop cher cette avance. Pour l'achat de 31 millions de compteurs, Enedis avait en effet bénéficié d'un prêt "au taux de 0,77% adossé à un financement de la Banque européenne d'investissement (BEI)", rapporte-t-elle. Mais le remboursement par les usagers se fera à un taux nettement plus élevé : "Le taux d'intérêt de cette avance est de 4,6%"soit "un surcoût" pour les usagers de "506 millions en euros courants", estime la Cour des comptes. 

Pour elle, ce paiement différé (courbe jaune) s'est avéré plus coûteux que ne l'aurait été un paiement non différé du compteur Linky (courbe bleue).

Evolution des tarifs moyen pour le comptage de la consommation électrique, selon trois hypothèses (en l'absence de Linky, sans différé tarifaire, et avec différé tarifaire). (COUR DES COMPTES)

En substance, selon la Cour des comptes, l'entreprise Enedis va facturer à l'usager, au titre du coût des compteurs, une somme supérieure à ce qu'elle a elle-même dépensé pour l'achat et la pose des Linky.

4A l'arrivée, la facture d'électricité va-t-elle augmenter à cause du Linky ?

Oui, peut-on penser à la lecture du Parisien"Le consommateur (...) peut déjà se préparer à sortir jusqu'à 15 euros supplémentaires sur sa facture annuelle pour les sept ou huit prochaines années", affirme au quotidien une source proche du dossier, en évoquant le remboursement du Linky. Et le journal de rappeler qu'en 2011, Eric Besson, alors ministre de l'Industrie, lui avait pourtant affirmé le contraire en déclarant que le nouveau compteur ne coûterait "pas un centime aux particuliers". Affirmation martelée, de nouveau, ce mardi par le gouvernement. "Les consommateurs ne paieront pas plus au titre de Linky", a ainsi déclaré la ministre déléguée à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, à l'Assemblée nationale.

Contacté par franceinfo sur ce point, Enedis répond également par la négative : "Il n'y a pas de coût additionnel associé à Linky. Les consommateurs ne paieront pas 15 euros de plus par an au titre de Linky", dément-on du côté du service de presse. Mais, comme le fait comprendre le terme "additionnel", la réalité est plus subtile. 

"Les économies de charges d'Enedis compenseront les sommes à payer au titre de l'investissement Linky. Les consommateurs ne paieront donc pas un coût supplémentaire dû à Linky."

Enedis

à franceinfo

Dans les faits, il y a donc bien un coût lié au remboursement du Linky, lequel est présenté par Enedis comme compensé par les économies réalisées par le gestionnaire de réseau. Autrement dit : il n'y a pas de hausse... mais il n'y a pas non plus, pour l'usager, de baisse liée aux gains réalisés par Enedis grâce à Linky. L'usager est également gagnant sur un autre tableau, fait valoir Enedis, puisqu'avec Linky, il peut mieux veiller sur sa consommation électrique, donc la réduire et, potentiellement, réaliser des économies.

Une chose est sûre : la Commission de régulation de l'énergie a annoncé en décembre une hausse du futur Tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (Turpe, la taxe qui finance Enedis), représentant 15 euros de la facture annuelle d'un particulier à l'horizon 2024. Mais elle a attribué essentiellement cette hausse à l'essor des renouvelables (raccordement des sites de production, développement du véhicule électrique...).

Chapitre clos ? Pas sûr. Il pourrait rebondir en 2022, date à partir de laquelle les nouveaux bénéficiaires pourraient être tenus de payer l'installation du Linky. "Dans le cadre de la campagne de remplacement des anciens compteurs, qui dure jusqu'en 2021, sa pose est gratuite", prévient Enedis. Et après ? Il n'est pas exclu qu'elle soit facturée. La Commission de régulation de l'énergie doit se pencher sur le sujet, sur fond de montée des tarifs qui ne doit rien au compteur Linky : la flambée des prix de l'énergie en Europe a atteint 13,1% sur un an, selon Eurostat. En France, les tarifs réglementés du gaz ont augmenté de 4,4% au 1er juin.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Linky

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.