Inflation : "Le risque est de rentrer dans une spirale inflationniste", affirme une économiste

L'inflation devrait continuer d'augmenter cet été, avant de se stabiliser autour de 6,8% en glissement annuel, selon l'Insee.

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Une femme fait ses courses en supermarché à Marseille, le 15 juin 2022. (VALLAURI NICOLAS / MAXPPP)

"Le risque est que l'on rentre dans une spirale inflationniste", a affirmé vendredi 24 juin sur franceinfo l'économiste et professeure à la Toulouse School of Economics (TSE), Emmanuelle Auriol, alors que l'Insee prévoit une inflation à 6,8% à la fin de l'année selon la note de conjoncture publiée ce vendredi.

franceinfo : Comment analysez-vous cette inflation ?

Emmanuelle Auriol : C'est un phénomène logique. On a eu le "quoi qu'il en coûte", on a injecté l'équivalent de 24% du PIB français sur une période de 2020-2022. Donc mécaniquement, ça crée de l'inflation. Et puis par ailleurs, il y a la crise en Ukraine avec la pression sur le prix des hydrocarbures. Et enfin, la pandémie, qui a vraiment beaucoup perturbé les systèmes d'approvisionnement. Donc tout ça, mis bout à bout, fait qu'il y a des tensions sur l'offre et la demande des produits qu'on utilise. Et il y a en même temps cette inflation liée à la création monétaire. Donc oui, ce n'est pas étonnant qu'on ait de l'inflation. Elle est moins forte qu'ailleurs puisqu'on a le bouclier tarifaire dans notre pays.

Est-ce que cette inflation se stabilisera à l'automne ?

Ça dépend beaucoup de la situation en Ukraine. Le prix des matières premières agricoles est impacté, d'où l'inflation alimentaire, ça impacte aussi évidemment le prix de l'énergie. Et en France, on en est très dépendants, puisque l'on ne produit pas d'énergie. Donc tout ça a des effets sur le maintien de l'inflation.

"On peut espérer que ça s'améliore un peu et retourner à la normale. Mais ça dépend quand même beaucoup malheureusement de ce qui se passe en Ukraine."

Emmanuelle Auriol, économiste

à franceinfo

Le taux de chômage est au plus bas en France, est-ce forcément une bonne nouvelle ?

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'a jamais été aussi bas. C'est merveilleux, mais là aussi, ça crée des tensions. Donc il y a 50% des entreprises françaises qui sont à la recherche de salariés. Or quand vous les trouvez pas, qu'est-ce-que vous faites ? Vous augmentez les salaires, évidemment, parce qu'il va falloir les attirer chez vous. Il y a une pression naturelle. C'est pour ça que le pouvoir d'achat des Français ne s'est pas érodé autant qu'on aurait pu le penser. Il y a donc ce dynamisme sur les salaires qui est lié à la pénurie de main d'œuvre.

Quel est le risque de ces hausses de salaires ?

Le risque est que l'on rentre dans une spirale inflationniste, c'est-à-dire que si les salaires se mettent à augmenter très rapidement, c'est évidemment un coût pour les entreprises. Si leur matière première est plus chère, ce qui est déjà le cas, c'est également un coût pour les entreprises. Et forcément ça se ressent sur les prix. Les prix augmentent et donc il va falloir ralentir la création monétaire car le crédit crée de la monnaie et quand on crée de la monnaie, on encourage l'inflation. Donc il faut redresser les taux directeurs de la Banque centrale européenne. Ça veut dire que pour les entreprises, ça va être plus cher évidemment de s'endetter, de faire des emprunts, d'investir. Cela ralentit un peu la croissance. Mais ça veut dire aussi que pour les entreprises, tout va être plus cher : le crédit, le travail, les matières premières. Et donc, forcément, à la sortie, le prix de ce qu'ils vendent est également plus cher.

Relever les taux directeurs, justement, c'est le principal outil pour gérer l'inflation. Mais est-ce que ça va régler les problèmes de cette inflation-ci ?

C'est plus compliqué que ça, ça va jouer dessus. Ils n'ont pas le choix. Avec le "quoi qu'il en coûte", c'était le contraire de relever les taux, le principe c'était d'arroser l'économie avec l'argent. Mais quand vous doublez la masse monétaire et que vous ne doublez pas la sphère réelle, vous avez une inflation de 100%. Donc là, relever les taux directeurs, ça va aider mais ça ne va pas tout résoudre. On a bien compris qu'il y a aussi des problèmes vraiment structurels, c'est-à-dire d'offre et de demande. Les entreprises cherchent des salariés pour retenir les bons et en attirer de nouveaux, il faut donc qu'elles soient plus compétitives que leurs concurrents. Ça veut dire augmenter les salaires. Ça crée une augmentation des prix qui n'a rien à voir. En fait avec la circulation monétaire, c'est juste un effet pour équilibrer l'offre et la demande.

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