Fermeture annoncée du site d'Alstom à Belfort : "Une volonté délibérée de bousiller l'emploi en France"

Pascal Novelin, délégué CGT d'Alstom Transport, réagit pour franceinfo à l'annonce de la fermeture du site historique de Belfort.

Les salariés de l\'usine Alstom de Belfort ont appris, mercredi 7 juillet, l\'arrêt de la construction de trains sur leur site.
Les salariés de l'usine Alstom de Belfort ont appris, mercredi 7 juillet, l'arrêt de la construction de trains sur leur site. (/NCY / MAXPPP)

Une page de l'histoire industrielle française va se tourner. Le groupe français Alstom a annoncé, mercredi 7 septembre, que la production de trains de son usine de Belfort (Territoire de Belfort), lancée en 1879, sera "transférée" à Reichshoffen (Bas-Rhin) d'ici 2018, en raison d'une baisse globale des commandes.

Interrogé par franceinfo, Pascal Novelin, délégué CGT chez Alstom Belfort, dénonce une décision qui aura des conséquences sur l'ensemble du territoire.

Franceinfo : Comment les salariés du site de Belfort ont-ils accueilli l'annonce de la direction ?

Pascal Novelin : Mes collègues sont abasourdis et en colère. Personne ne s'attendait à une telle nouvelle. Certains ont dédié 20, 30, voire 40 ans de leur vie à fabriquer ce fleuron industriel français qu'est le TGV. Fermer un tel site, chargé de 130 ans d'histoire, est proprement scandaleux. 

Certains sont-ils prêts à accepter de travailler à Reichshoffen ?

Je pense que certains n'auront pas vraiment le choix et partiront, oui. Mais nous n'en avons pas encore discuté, nous sommes encore choqués par cette annonce que nous venons de prendre en pleine figure. 

La direction assure qu'elle nous proposera des solutions, que nous travaillerons encore à Belfort pendant deux ans avant de migrer vers d'autres sites... Comme si on pouvait tranquillement déraciner 400 familles ! Il ne s'agit pas que du sort des salariés, c'est tout un secteur économique du territoire qui s'apprête à disparaître.

L'avenir d'Alstom semblait pourtant encourageant, avec l'annonce du partenariat avec la SNCF pour le fameux "TGV du futur"...

On ne pouvait espérer que du bien, oui, d'autant que l'entreprise avait en plus remporté un important contrat aux Etats-Unis.

Mais il ne faut pas se faire d'illusions : cette décision résulte d'une volonté directe de la direction de bousiller l'emploi en France. Si Alstom investit et construit une usine au Kazakhstan, ce n'est pas pour faire des faveurs aux employés français.

C'est d'autant plus triste qu'Alstom Belfort est le seul site en France où l'on construit des locomotives. Il faut que l'opinion publique se rende bien compte que construire des TGV est techniquement très difficile, ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire à la chaîne. Le savoir-faire des salariés de Belfort ne peut pas se transmettre du jour au lendemain.

Que comptez-vous faire désormais ? 

Nous avons pris rendez-vous avec le préfet, car on estime que l'Etat peut encore intervenir via la SNCF. Il faut rappeler que jusqu'à 200 rames du "TGV du futur" ont été commandées. Le projet du Grand Paris peut également être une source importante d'activité... Tout cela, on peut le faire en France : le site de Belfort peut encore avoir un avenir !