Bridage des iPhones : Apple est "un cumulard de l'obsolescence programmée", dénonce une association

Apple a reconnu que certaines mises à jour ralentissaient le fonctionnement de ses anciens téléphones, pour éviter des arrêts intempestifs liés à l'usure de la batterie. Pour Laetitia Vasseur, de l'association Hop, il s'agit "d'un cas d'obsolescence programmée".

Un utilisateur d\'iPhone devant un logo d\'Apple, le 15 novembre 2017.
Un utilisateur d'iPhone devant un logo d'Apple, le 15 novembre 2017. (JAAP ARRIENS / NURPHOTO / AFP)

L'entreprise Apple a reconnu qu'elle bridait volontairement certains de ses anciens modèles d'iPhone, officiellement pour prolonger la durée de la vie de la batterie. Pour l'instant, huit plaintes ont été déposées devant plusieurs juridictions fédérales américaines par des utilisateurs s'estimant dupés. En France, où le délit d'obsolescence programmée existe depuis deux ans, l'association Halte à l'obsolescence programmée (Hop) envisage aussi de déposer une plainte contre la marque à la pomme. Pour Laetitia Vasseur, co-fondatrice et déléguée générale de Hop, Apple est "un cumulard de l'obsolescence programmée".

franceinfo : Apple dit qu'il bride ses anciens modèles pour prolonger la durée de vie de ses appareils, on peut se dire que cela part d'une bonne intention ?

Laetitia Vasseur : L'association Hop n'y croit pas du tout. C'est comme si on vous disait que votre voiture était bridée du jour au lendemain à 30 km/h pour la faire durer plus longtemps. C'est un argument qui n'est pas tenable. S'il y a un problème de batteries, elles doivent être facilement démontables et remplaçables. Les batteries d'Apple sont connues pour être collées, soudées ou vissées avec des vis pentalobes. Il est très difficile, voire impossible pour le consommateur de changer sa batterie. Les études montrent aussi qu'à la sortie d'un nouvel iPhone, on a des plaintes de consommateurs qui disent que le téléphone est devenu plus lent. On a vite fait le rapprochement. L'association Hop existe depuis maintenant deux ans, puisque l'obsolescence programmée est reconnue comme un délit depuis deux ans. Apple remonte clairement dans les données d'insatisfaction des clients comme un cas symbolique.

La batterie est-elle le seul élément qui pose problème ?

Il y a aussi des plaintes sur les vitres qui se cassent trop rapidement et sur une obsolescence esthétique avec un marketing agressif, un nouveau téléphone qui sort tous les six mois sans grande performance nouvelle. Mais le cas de l'obsolescence logicielle est le plus grave. Il est celui qui remonte le plus. Le problème aussi est d'avoir des mises à jour qui vont ralentir le téléphone de manière excessive. Et vous allez croire que c'est votre faute. Apple disait que c'était la faute des consommateurs qui voulaient un autre téléphone et que c'était un prétexte. Maintenant la parole des consommateurs est enfin entendue et on voit qu'il s'agit bien d'un cas d'obsolescence programmée.

Apple est-il le seul à faire cela ?

Les autres ne sont pas blancs comme neige, mais Apple fait vraiment figure de champion en la matière, c'est un cumulard de l'obsolescence programmée sur les téléphones. Mais l'obsolescence programmée ne concerne pas que les téléphones. Nous avions déposé une plainte en septembre sur l'obsolescence programmée des imprimantes, mais on peut retrouver ce phénomène sur l'électroménager.

Envisagez-vous de porter plainte contre Apple en France ? 

On l'envisage, parce que ces caractéristiques du délit d'obsolescence programmée sont reconnues en France et seulement en France. Puisqu'Apple est une entreprise mondiale, c'est intéressant d'avoir des plaintes qui viennent de tous les pays. En France, on a la chance d'avoir ce délit, je crois qu'il faut s'en saisir pour qu'Apple comprenne que ces pratiques sont illégales et que ce n'est pas acceptable. Une action collective est envisageable, mais les conditions sont beaucoup plus difficiles en France qu'aux États-Unis. Toutefois, une plainte déjà empêcherait la marque de continuer ces pratiques. À l'association Hop, nous avons déposé la première plainte en France et dans le monde sur l'obsolescence programmée des imprimantes il y a trois mois. La justice suit son cours, le procureur s'empare du sujet et on attend désormais les suites de la police des consommateurs, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).