Réforme fiscale : la brouille Ayrault-Moscovici en trois actes

Le ministre de l'Economie n'a pas apprécié l'annonce, par le Premier ministre, d'une remise à plat de la fiscalité, pour laquelle il n'a pas été consulté.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, suivi du ministre de l\'Economie, Pierre Moscovici, le 19 juin 2013 à l\'Elysée.
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, suivi du ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, le 19 juin 2013 à l'Elysée. (BERTRAND GUAY / AFP)

Il a beau se dire, dimanche 24 novembre, "totalement en phase" avec Jean-Marc Ayrault, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, fait figure de principale victime collatérale des annonces du Premier ministre sur la réforme de la fiscalité.

Tout au long de la semaine, Jean-Marc Ayrault a en effet semblé dicter sa loi à Bercy, fragilisant son ministre pour redorer son image. Symbole de cette mise à l'écart, Pierre Moscovici, en déplacement en Chine, ne participe pas lundi 25 novembre aux consultations des partenaires sociaux.

Francetv info revient sur cette offensive de Matignon en trois actes.

1Ayrault annonce une remise à plat de la fiscalité

Comme tous les membres du gouvernement, Pierre Moscovici a eu vent de l'initiative du Premier ministre visant à "remettre la fiscalité à plat" la veille de l'annonce, prévue le 19 novembre. Jean-Marc Ayrault l'appelle alors qu'il est avec le président de la République en Israël pour un voyage officiel.

Le président et son Premier ministre ont calé l'annonce le week-end précédent. Mais pour le ministre de l'Economie et des Finances, le coup est rude. Il avait en effet écarté toute idée de réforme quelques jours auparavant. Interrogé le 5 novembre sur une éventuelle "grande réforme fiscale", il avait répondu, comme le relève RTL : "Non, il n'y a pas aujourd'hui de volonté de bouleverser le système."

2Matignon fait fuiter un remaniement dans la haute administration de Bercy

L'offensive de Jean-Marc Ayrault se poursuit les jours suivants. Dans Le Monde du 20 novembre et du 21 novembre, des sources de Matignon annoncent la nomination imminente aux directions du Trésor et du Budget de François Villeroy de Galhau et de Denis Morin. Ils doivent remplacer Ramon Fernandez et Julien Dubertret, anciens de l'administration Sarkozy-Fillon.

Après avoir imposé à son ministre sa ligne politique, Jean-Marc Ayrault reprend en main son administration. Dans un premier temps, Pierre Moscovici refuse de confirmer, avant que son cabinet n'élude, en expliquant au Monde, que le ministre n'a pas à commenter ce genre d'informations. "Ayrault a humilié Moscovici", résume un conseiller du président dans les colonnes du Monde.

3Moscovici contre-attaque et dédramatise

Alors que ses proches le disaient "en état d'incinération" après les annonces d'Ayrault, le ministre décide en fin de semaine de ne pas se laisser "enterrer vivant", rapporte le Journal du dimanche

Il profite d'une réunion de l'Eurogroupe à Bruxelles pour s'afficher aux côtés de Ramon Fernandez. Il lui rend un hommage appuyé, rapporte Le Monde. "C'est mon éthique personnelle de manifester mon estime et mon respect pour les personnes qui travaillent de façon loyale à mes côtés", déclare-t-ilSelon le JDD, Pierre Moscovici souhaite en effet que Ramon Fernandez reste à son poste pour achever la réforme bancaire. Son départ n'est pas encore officiellement acté et son successeur annoncé, François Villeroy de Galhau, refuse de confirmer son arrivée.

Cependant, le ministre de l'Economie semble jouer l'apaisement après les révélations du JDD"Il n'y a pas, il n'y a plus d'incident ou de malentendu", affirme-t-il, dimanche, lors de l'émission "Internationales" (TV5Monde / RFI / Le Monde). "Je suis totalement en phase avec le Premier ministre et, évidemment, mon ministère, Bercy, prendra toute sa place dans la réforme fiscale. D'ailleurs comment l'imaginer autrement ?", s'interroge le ministre.