L'Angle éco, France 2

Bienvenue au Danemark, pays des contribuables heureux

"L'Angle éco" du lundi 20 avril se penche sur "le grand bazar fiscal". Alors qu'un “ras-le-bol fiscal” s’exprime actuellement en France, d’autres pays parviennent à rendre la pression bien plus acceptable aux yeux de la population. Le Danemark, pays le plus heureux du monde depuis quarante ans, est aussi celui où l’on paye le plus d’impôts. 

Le palais de Fredensborg lors des 75 ans de la reine Margrethe II. Danemark, le 16 avril 2015.
Le palais de Fredensborg lors des 75 ans de la reine Margrethe II. Danemark, le 16 avril 2015. (PATRICK VAN KATWIJK / DPA)

La France championne mondiale des impôts ? Pas tout à fait. Si la pression fiscale est élevée dans l’Hexagone – l’ensemble des prélèvements y représente environ 45% du PIB, selon l’OCDE –, le plus petit des pays scandinaves continue de garder la première place au palmarès de la fiscalité. Le Danemark, 5,6 millions d’habitants, est l’État où l’on paie le plus d’impôts au monde. Il affiche un taux de prélèvements obligatoires équivalent à 48,6% du PIB selon l’OCDE, alors que la moyenne des pays développés s’établit autour de 34%. La France, elle, est deuxième de ce classement.

12% des Danois voudraient payer davantage

Mais si le Danemark et l’Hexagone sont si proches en terme de pression fiscale, le consentement à l’impôt y est bien différent. Selon Malene Rydahl, auteure danoise citant une étude récente de YouGov pour une publication danoise, 7 Danois sur 10 s’estiment satisfaits du système fiscal de leur pays. Et 12%, selon France Info, souhaiteraient même payer davantage d’impôts. L’impôt ecclésiastique, qui sert à financer l’Église nationale du Danemark, est un bon exemple : 82% des contribuables danois le paient, même s’il est facultatif.

Comment expliquer cette satisfaction des Danois face à l’impôt ? Si le système fiscal du pays est simplifié par rapport à la France – il n’y a, par exemple, ni niche fiscale ni quotient familial –, il est aussi plus transparent, et mieux compris des contribuables. “Les Danois ne rechignent pas à payer l’impôt car ils savent qu’il sera bien redistribué”, analyse Marie-José Caron, conseillère consulaire vivant au Danemark depuis vingt-sept ans. Congé parental d’un an et places en crèche, accès gratuit aux soins et à l’enseignement supérieur : très tôt, les Danois comprennent les bénéfices du niveau d’imposition.

Prélevé à la source

Catherine Munck, aujourd’hui chef de service dans un hôpital près de Copenhague, a quitté la France pour le Danemark il y a vingt-six ans. “En arrivant, j’ai eu du mal à comprendre pourquoi je devais payer autant”, reconnaît-elle. “Mais il y a une bonne compréhension de l’impôt ici. On voit bien ce que l’on reçoit en retour.” L’un des aspects qui rend le système “très lisible”, selon elle, est le prélèvement à la source. Chaque mois, l’impôt sur le revenu est directement prélevé sur le salaire. Ainsi, 33% du revenu de Catherine Munck est prélevé, un taux moins élevé que celui d’autres Danois, grâce à un emprunt immobilier et un placement retraite.

Une bourse d'État, imposable, pour chaque étudiant

Et contrairement à la France, où moins d’un foyer fiscal sur deux paie l’impôt sur le revenu, 94% des Danois s’en acquittent – y compris les bénéficiaires d’allocations et les étudiants. La fille de Catherine Munck, Natascha, a payé des impôts dès l’âge de 19 ans, à partir du moment où elle a commencé ses études. Au Danemark, non seulement l’enseignement supérieur est gratuit, mais chaque étudiant, qu’il vive seul ou chez ses parents, reçoit une bourse de l’État. C’est sur cette bourse, dont le montant varie entre 350 et 800 euros par mois, que les jeunes Danois commencent à payer des impôts, à hauteur d’environ 10%.

Natascha Munck payait relativement peu d’impôts sur sa bourse étudiante, car elle travaillait en parallèle de ses études ; 38% de ses revenus étaient prélevés par l’État. Ce niveau d’imposition ne l’a pourtant jamais gênée. “Au début, cela surprend, mais le système donne un sens de sécurité. Le système aide beaucoup de monde”, explique-t-elle. “L’éducation joue beaucoup. On comprend vite le système car on nous en parle très tôt.” Pour Odile Lelarge, qui vit au Danemark depuis huit ans, “très jeunes, les enfants sont impliqués dans des discussions sur la politique, les questions de société. On leur parle donc des impôts à un âge assez jeune”.

L’éducation à l’impôt se fait aussi à l’école, dès 13 ou 14 ans, à travers un cours où les élèves apprennent à comparer les systèmes de protection sociale en Europe, pour comprendre le rôle d’un impôt fort. “J’explique à mes élèves que l’impôt finance par exemple l’accès gratuit à l’enseignement supérieur et le système des bourses”, précise Rasmus Kjaer Rasmussen, professeur de sciences sociales à l’école Virum Skole, dans la banlieue de Copenhague.

Les impôts au bout du fil, et sur Facebook

Au Danemark, l’acceptation de l’impôt passe aussi par la transparence du système. Pascal Badache, également conseiller consulaire français au Danemark, estime que l’administration fiscale est particulièrement claire et accessible. “Ils sont joignables au téléphone, ils répondent aux mails... Les agents sont très disponibles”, explique-t-il. Et pour encore plus de simplification, le gouvernement danois a récemment mis en place e-Boks, un système permettant à chaque contribuable de recevoir, sur une adresse mail unique, l’ensemble des messages de l’administration.  

Depuis le 8 mars, 25 salariés de l’administration fiscale danoise, l’agence Skat, sont d’ailleurs affectés à une initiative visant à améliorer cette communication avec la population. Chaque jour, ils répondent aux questions des contribuables sur la page Facebook de l’agence. Et 450 autres salariés répondent à leurs appels téléphoniques. Les questions sont particulièrement nombreuses en cette période de l’année, car il s’agit du moment où l’administration fiscale indique aux Danois s’ils ont payé trop ou pas assez d’impôt sur l’année passée.

Si le système fiscal danois est apprécié pour sa simplicité, certains impôts restent néanmoins plus difficiles à accepter que d’autres. Les voitures neuves, par exemple, sont taxées au Danemark à... 180%. “L’achat de la première voiture familiale fait mal !” plaisante Catherine Munck, évoquant un prix deux fois plus cher qu'en France. Mais pour elle, cet impôt est bien le seul, au Danemark, qui semble encore flou.