Difficultés de logement pour les étudiants : la vague du baby-boom "n'a pas été anticipée"

Selon le président de la Fédération nationale de l'immobilier, les difficultés que rencontrent les étudiants pour trouver un logement seraient liées au baby-boom des années 2000 et à la location courte durée.

Des étudiants en quête de logement font la queue devant la permanance de l\'université de Lyon, le 11 septembre 2018. 
Des étudiants en quête de logement font la queue devant la permanance de l'université de Lyon, le 11 septembre 2018.  (PHOTO RICHARD MOUILLAUD / MAXPPP)

"Il y a une hausse assez spectaculaire du nombre d’étudiants, le baby-boom des années 2000 arrive et cette vague n’a pas été anticipée" regrette jeudi 5 septembre sur franceinfo Jean-Marc Torrollion, président de la Fédération nationale de l'immobilier alors qu'en cette rentrée scolaire les étudiants rencontrent de nombreuses difficultés pour trouver un logement. Autre phénomène qui peut expliquer ces difficultés, "une partie de l'offre normalement destinée aux étudiants part sur Airbnb pour de la location courte durée" a-t-il indiqué.

franceinfo : Est-ce que certains propriétaires refusent de louer à des étudiants par peur des loyers impayés et du bruit ?

Jean-Marc TorrollionJe pense que ce n’est pas la cause première des difficultés aujourd’hui pour les étudiants de trouver un logement, même si on peut avoir des propriétaires qui manifestent une sorte de prévention, de discrimination à l’égard des étudiants. Et ils ont tort : on a rarement des problèmes de paiement avec les étudiants. On peut avoir quelques problèmes de comportement, mais qui n’a pas été jeune. On est très souvent payé de son loyer sans soucis, d’autant qu’il y a des garanties, comme Visale, qui fonctionnent très très bien, y compris d’ailleurs pour les étudiants étrangers. Il y a aussi les parents qui sont caution, et c’est un phénomène extrêmement fréquent.

Comment se fait-il que le marché soit saturé à Paris, mais aussi à Dijon ou La Rochelle ?

Il y a plusieurs phénomènes. Premièrement, il y a une hausse assez spectaculaire du nombre d’étudiants, puisqu’on le baby-boom des années 2000 qui arrive : ce n’est pas complètement anodin, c’est 80 à 100 000 étudiants de plus. Et cette vague-là n’a pas été anticipée dans le cadre de leur accueil. Le deuxième phénomène qui est beaucoup plus général, c’est qu’il y a beaucoup moins de départs. On s’est aperçu que les étudiants, ou en tout cas les locataires des petits logements ont gardé leur logement. Troisième phénomène, on a quand même une partie de cette offre normalement destinée aux étudiants qui part sur Airbnb pour de la location courte durée. Et je pense qu’on a commis une erreur dans le cadre de la loi Alur [Accès au logement et un urbanisme rénové], c'est le préavis de départ d'un mois en zone tendue. Quand vous avez un préavis d’un mois, vous ne le donnez jamais avant d’avoir trouvé votre logement alors qu’auparavant, les préavis étaient de trois mois et on avait une visibilité de l’offre beaucoup plus importante. Je plaide pour le rétablissement d’un préavis de deux mois qui permet de donner une profondeur de l’offre. Je ne pense pas malheureusement qu’à Paris ce que je propose soit la solution miracle. En revanche, ça fait partie de ces petites choses qui, même en province, auront leur importance. Avant, quand on avait un préavis de trois mois, au 30 juin, on avait une profondeur de l’offre sur trois mois. Là on n’a aucun pic d’offres. Quand un étudiant arrivait dans une ville en juin-juillet, il avait quasiment toute l’offre disponible à disposition et visible sur nos sites, ce n’est plus le cas.

Les étudiants rencontrent différents problèmes en faisant leurs recherches : il y a des arnaques, des locations de chambres de bonne de 7 m² invivables, certains étudiants qui tombent sur des logements pas chers en échange de services sexuels.

Quelles solutions peut-on apporter ?

Il faut passer par des réseaux professionnels, par des filtres, qui permettent de ne pas avoir ce genre de comportements. Les derniers faits évoqués sont quand même inacceptables. Ce n’est pas la vie du marché. Ce qui est réel, c’est que la décohabitation se fait moins, que la cohabitation est une solution mais qui n’est pas toujours très facile. Par contre, le fait de profiter de cette situation pour proposer de loger de l’indécence, c’est le rôle des pouvoirs publics que d’y veiller. Je ne peux donc que conseiller de passer par le filtre d’un professionnel.