Précarité énergétique : “Il y a un risque de coupures d'énergie très fort pour les ménages les plus modestes", alerte le réseau pour la transition énergétique

Avec le Covid-19 et les confinements, les ménages ont moins d'argent pour payer leurs factures. La fin de la trêve hivernale, fin mars, va les exposer à des sanctions. 

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Iluustration de la mauvaise isolation d'un logement à Marseille. (NICOLAS VALLAURI / MAXPPP)

3,5 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique, d’après le bilan annuel de l’Observatoire national de la précarité énergétique publié jeudi 14 janvier. Invitée sur franceinfo vendredi, Marie Moisan, chargée de mission au CLER, réseau pour la transition énergétique, alerte sur le “risque de coupures d’énergie très fort pour les ménages les plus modestes en France” car le Covid-19 et les confinements ont augmenté l'ensemble de leurs charges.

franceinfo : Comment définit-on la précarité énergétique ?

Marie Moisan : Cela revient pour un ménage à se chauffer en fonction de ses moyens, et pas du tout en fonction de ses besoins ou son logement. Soit en consacrant une part très importante de ses revenus à ses factures d'énergie, soit en renonçant à se chauffer et donc en ayant froid chez lui.

"Près de 12% des Français ont du mal payer leurs factures d'énergie. Ça dépend un peu des années et de la météo. Mais globalement, on n’a pas une amélioration flagrante de la situation des ménages concernés."

Marie Moisan

à franceinfo

Cela est lié à l'augmentation des prix de l'énergie qui est continue et soutenue, et aussi à une stagnation des revenus des ménages. On a plutôt une augmentation et une aggravation du phénomène dans le temps avec le basculement de ménages qui étaient jusqu'ici épargnés.

Ce sont les plus jeunes qui ont plus de mal à payer leurs factures d'énergie ?

Effectivement, les 18-35 ans sont particulièrement touchés, parce qu'en général, ils ont des revenus moins élevés et sont moins enclins à choisir un logement qui leur permettrait de se protéger de ce phénomène de précarité énergétique.

Pourtant, on a l'impression que le chauffage est meilleur et que les logements sont mieux isolés, non ?

Il y a encore beaucoup de passoires thermiques en France. Le parc de logements français est très ancien, il a été construit sans aucune réglementation thermique, donc d'isolation pour la grande majorité des logements disponibles et les prix de l'énergie progressent beaucoup plus vite que le rythme des rénovations qu'il faudrait faire pour qu'on puisse protéger les plus modestes, des augmentations à venir des prix de l'énergie et donc des factures. Cette année, avec la situation sanitaire et le confinement, c'est particulièrement vrai : il y a moins d'argent disponible pour ces ménages et des factures qui sont en suspens, mais qui vont reprendre prochainement, puisque la trêve hivernale va s'arrêter à la fin du mois de mars. Donc, il y a un risque de coupures d'énergie très fort pour les ménages les plus modestes en France.

L'augmentation des factures d’énergie a également été aggravée par le confinement et le télétravail ?

Les études montrent que ce n'est pas si flagrant que ça mais, les autres dépenses ayant explosé, notamment celles liées à l'alimentation et à la consommation d'eau, la part disponible pour payer l'énergie se réduit drastiquement. Et puis, il y a un effet double peine car ce sont les plus précaires qui payent le plus, en proportion. Ils payent plus cher et on le voit d'ailleurs sur le temps long, les dépenses contraintes des ménages les plus modestes atteignent 50% de leurs revenus, quand il n'est que de 25% pour les catégories les plus aisées.

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