Intrusion au siège de la CFDT à Paris : que s'est-il passé ?

Une trentaine de manifestants ont brièvement envahi vendredi à la mi-journée le siège de la CFDT à Paris. Une action revendiquée par une "coordination RATP-SNCF".

Des journalistes devant le siège de la CFDT à Paris le 17 janvier 2020, après l\'intrusion annoncée par Laurent Berger
Des journalistes devant le siège de la CFDT à Paris le 17 janvier 2020, après l'intrusion annoncée par Laurent Berger (PHILIPPE LAVIEILLE / MAXPPP)

Des opposants à la réforme des retraites se sont introduits "violemment" vendredi dans les locaux de la CFDT à Paris, où ils ont "agressé verbalement et physiquement des salariés", dénonçait vendredi 17 janvier dans un tweet le secrétaire général de la confédération, Laurent Berger. Que s'est-il passé ?

Une coordination officiellement sans étiquette syndicale

La "coordination RATP-SNCF" qui a revendiqué l'envahissement des locaux de la CFDT en rappelle une autre, une coordination de cheminots active en 2018, lors de la longue grève en pointillés contre la réforme de la SNCF. Elle avait notamment manifesté devant les locaux où se déroulait une réunion de l'intersyndicale CGT-CFDT-SUD-UNSA, jugée trop molle et soupçonnée de vouloir lever la grève. 
Officiellement, cette coordination n'a donc pas d'étiquette syndicale, elle se revendique de la base. Mais l'un de ses principaux intervenants, Anasse Kazib, très présent médiatiquement et visible sur les vidéos tournées aujourd'hui au siège de la CFDT, est membre de SUD-Rail et il ne cache pas, en outre, son militantisme au sein d'un courant minoritaire du NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste.

La CFDT dans le collimateur de nombreux réseaux sociaux

Les manifestants qu'on a pu croiser lors des dernières journées interprofessionnelles de mobilisation ne sont en général pas tendres pour la CFDT, accusée, en gros, de trahir la cause des salariés en acceptant le principe du régime par points et de pactiser avec le gouvernement. Mais ce rejet n'est pas nouveau et ne se limite pas à ce sujet précis. Le siège de la CFDT avait par exemple été vandalisé en 2016 lors du mouvement contre la loi El Khomri, avec les mêmes accusations en toile de fond. Une formule, qui résume cet état d'esprit, circule d'ailleurs souvent dans les manifestations : "Le jour où l'esclavage sera rétabli, la CFDT ira négocier le poids des chaînes"...

La tension plus forte après 43 jours de grève

Ces incidents surviennent généralement quand les perspectives de victoire, pour les grévistes, se sont éloignées et quand la mobilisation générale semble s'affaiblir.
Il y a à ce moment-là beaucoup de frustration, d'amertume, chez certains qui se sont investis dans la grève et qui ont perdu gros financièrement, parfois plus d'un mois de salaire. D'où des débordements plus ou moins contrôlés, qui échappent d'ailleurs aux directions syndicales. Le communiqué officiel de la CGT, pourtant adversaire de la CFDT, semble sur ce point sans aucune ambigüité pour dénoncer l'action menée aujourd'hui.