Grève dans le secteur aérien : le manque d'effectif dans les compagnies aériennes "devrait être réduit à la fin de l'été", selon un spécialiste

Le transport aérien est, dans plusieurs pays européens, touché par des grèves ce week-end. Paul Chiambaretto, professeur à la Montpellier Business School estime que les compagnies aériennes arriveront à attirer de nouveau des personnels navigants.

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Radio France
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Des avions de ligne low-cost Transavia stationnés sur le tarmac du Terminal 3 de l'aéroport d'Orly, le 24 juin 2020. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le manque d'effectif dans les compagnies aériennes sera réduit "à la fin de l'été", déclare Paul Chiambaretto, professeur à la Montpellier Business School et directeur de la Chaire Pégase, sur franceinfo alors que des grèves sont annoncées chez Air France, Transavia et Ryanair, samedi 25 et dimanche 26 juin. En revanche, il estime que les conditions de travail des personnels au sol doivent être rendues plus attractives pour pouvoir attirer des candidats.

franceinfo : Pourquoi ce mouvement de colère survient-il aujourd'hui alors que le secteur aérien est en forte reprise ?

Pierre Chiambaretto : Ce mouvement de colère s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs. Il tient au fait que le trafic aérien repart un peu plus vite que prévu. On est quasiment au niveau de 2019, on a des conditions de trafic qui sont plutôt bonnes, ce qui permet aux syndicats, par exemple, d'avoir un peu plus de revendications après deux années assez difficiles qui ont entraîné des licenciements ou des baisses de salaires et surtout parce qu'il y a actuellement un manque de personnel pour faire face à cette reprise de trafic, ce qui rend les conditions de travail difficiles.

"Au cours des deux dernières années, il y a eu plusieurs plans de départs volontaires au sein d'un certain nombre de compagnies aériennes, plus particulièrement chez les low-cost qui ont tendance à sous-traiter une partie de leur activité, que ce soit les activités aériennes ou les activités aux aéroports."

Paul Chiambaretto

à franceinfo

Un certain nombre de ces sous-traitants se sont séparés de leurs salariés et actuellement, alors qu'il y a une reprise de l'activité qui est assez forte, ils ont du mal à attirer des talents. Pour les compagnies aériennes, c'est surtout une question qui est conjoncturelle à l'instant T, puisque elles arriveront à nouveau à attirer des personnels navigants. Pour les aéroports, la situation est un peu plus compliquée parce que c'est une question d'attractivité des métiers dans les aéroports.

Les compagnies aériennes manquent-elles plutôt de pilotes ou de stewards ?

Au sein des compagnies aériennes, ce qui va surtout avoir un gros impact sur la capacité à opérer ces vols, en particulier pendant l'été, ce sont les personnels navigants, qu'ils soient pilotes ou qu'ils soient personnels navigants commerciaux. Ces personnes-là existent sur le marché de l'emploi, elles demandent à travailler au sein des compagnies aériennes, le problème c'est qu'il faut plusieurs mois pour pouvoir les mettre au niveau des standards de qualité et de sécurité des compagnies aériennes. Donc quand bien même quelqu'un a déjà été recruté il y a deux ou trois mois, cette personne n'est pas forcément prête pour pouvoir voler dès la semaine prochaine. Les tensions devraient être réduites à la fin de l'été, à partir du moment où ces personnes-là auront pu réintégrer les compagnies aériennes pleinement. Pour autant, il y a un certain nombre de compagnies aériennes qui sont malgré tout un peu frileuses, qui se disent qu'elles ne sont pas à l'abri d'une nouvelle vague de Covid-19 et donc elles font preuve d'une certaine modération dans les vagues de recrutement.

Et dans les aéroports, manque-t-on beaucoup de personnels ?

Une grosse partie des aéroports et de leurs activités sont sous-traitées. Ce sont des sous-traitants qui proposent des conditions salariales ou des conditions de travail qui sont relativement difficiles. Ce sont des personnes qui, lors de la crise, se sont rendu compte que leurs compétences pouvaient être facilement transférables dans d'autres secteurs.

"Pour un salaire qui va être légèrement au-dessus du SMIC, il y a peut-être d'autres métiers pour lesquels, à salaire équivalent, on aura des meilleures conditions que celles de se lever à 3h du matin."

Paul Chiambaretto

à franceinfo

Donc tout l'enjeu pour les sous-traitants des aéroports, c'est d'arriver à attirer ces profils-là et à rendre ces métiers plus attractifs. Il faut soit augmenter les salaires - ce qui n'est pas forcément évident compte tenu de la situation financière des aéroports et de leurs sous-traitants - soit proposer de meilleures conditions de travail à salaire équivalent, par exemple en termes de gestion des horaires, de jours de repos, etc.

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