Air France : la consultation des salariés "contourne les gens qui ont le mandat pour négocier", déplore l'intersyndicale

La direction d'Air France va soumettre à consultation, à partir de jeudi, auprès des salariés, sa proposition d'accord salarial contestée par l'intersyndicale. 

Des avions d\'Air France à l\'aéroport Paris Charles de Gaulle.
Des avions d'Air France à l'aéroport Paris Charles de Gaulle. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Les salariés d'Air France vont-ils approuver leur direction ? Après deux mois de conflit et onze jours de grève sur la question des salaires, celle-ci lance une grande consultation interne par vote électronique du jeudi 26 avril (10h) au vendredi 4 mai (18h).Les 47 000 employés de la compagnie aérienne vont devoir répondre à cette question : "Pour permettre une issue positive au conflit en cours, êtes-vous favorable à l'accord salarial proposé le 16 avril 2018 ?".

L'accord salarial porte sur une hausse de 7 % des salaires sur 4 ans (2 % en 2018 puis 5 % sur trois ans), tandis que l'intersyndicale d'Air France réclame 6 % tout de suite. Cette façon de contourner les instances représentatives du personnel ne passe pas du tout auprès des syndicats. L'ambiance est particulièrement tendue au sein du groupe.

Air France : la direction lance une consultation des salariés sur sa proposition salariale - un reportage de Solène Le Hen
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La consultation organisée par la direction d'Air France n'a aucune valeur légale ni contraignante mais, tactiquement, elle embête bien les syndicats. "De cette manière-là, on contourne les gens qui ont le mandat pour négocier", regrette Éric Faliu, du syndicat national du personnel navigant commercial (SNPNC).

Ce sondage n'a qu'un seul but, c'est de nous désavouer alors qu'on est ultra-représentatifs.Éric Faliu, SNPNCà franceinfo

Certes, l'intersyndicale est ultra-représentative, mais les grévistes sont loin d'être majoritaires dans l'entreprise. C'est sur cela que compte jouer la direction : elle espère que cette majorité silencieuse votera en faveur de son projet d'accord. Le PDG d'Air France, Jean-Marc Janaillac, a même mis sa démission dans la balance. "C'est malhonnête, estime Christophe Malogi, secrétaire général FO des personnels au sol. C'est une façon d'interpeller les salariés pour dire : 'Vous voyez il y a des méchants qui demandent des choses aberrantes. Les gentils, soyez rassurés, je resterai si vous me sollicitez.'."

Une guerre de communication

"Les gentils" contre "les méchants" ? La grève chez Air France est une guerre d'images, de communication. D'un côté, la direction qualifie les grévistes d'irresponsables car le conflit a déjà coûté 300 millions d'euros à l'entreprise. De l'autre côté, l'intersyndicale est sûre de son bon droit puisqu'il n'y a pas eu d'augmentation générale depuis 7 ans et que, cette année, la compagnie a connu des résultats financiers record.

Alors ce nouvel épisode, cette consultation des salariés par la direction, pour l'intersyndicale, c'est une étincelle supplémentaire, explique Éric Faliu, du SNPNC : "Si la direction d'Air France, qui sont des mercenaires, qui viennent pour 2-3 ans, qui ont des projets pour faire de la terre brûlée, veut se mettre à dos tous les syndicats, il n'y a rien de mieux."

Inquiétude sur l'avenir et le climat social

La guerre semble déclarée et ce n'est pas bon signe pour Patrick Vincent, du syndicat des pilotes SPL affilié à la CFDT. Son syndicat n'est pas dans l'intersyndicale et il se désole d'avance du climat social pour les prochaines années au sein du groupe, quel que soit le résultat de cette consultation : "Si c'est 'oui', qu'est-ce qui va se passer ? Ça va être compliqué pour les syndicats de dire : 'On ne signe pas', alors que tous leurs adhérents auront dit : 'Il faut signer.' Le ressenti sera vraiment ultra négatif."

En revanche, si les salariés votent contre la proposition de la direction, "Janaillac a dit qu'il s'en allait, donc il va falloir attendre le successeur, rappelle Patrick Vincent. Entre temps, on fait quoi ? Et le successeur, il va faire quoi par rapport à la situation ?"

Dans les deux cas, on n'est pas sur une solution d'avenir. Ce ne sera que du perdant-perdant.Patrick Vincent, SPL-CFDTà franceinfo

La consultation des salariés prendra fin le 4 mai et le résultat sera connu le jour-même. L'intersyndicale, elle, promet de nouvelles grèves "début mai". Mardi 25 avril, 27,2% de pilotes et 19,9% d'hôtesses et stewards étaient en grève, selon les estimations de la direction.