Les médecins passent "plus de temps à rechercher des lits pour les malades qu'à faire de la vraie médecine", selon un urgentiste

Selon le palmarès annuel des hôpitaux du "Point", publié jeudi, il manquerait quelque 800 médecins dans les services des urgences . Selon le Pr Frédéric Adnet, chef du service des urgences du CHU Avicenne, à Bobigny, il faudrait augmenter l'attractivité des médecins urgentistes à l'hôpital.

Les urgences du CHU de Nantes, le 16 mars 2017.
Les urgences du CHU de Nantes, le 16 mars 2017. (LOIC VENANCE / AFP)

Les hôpitaux français manquent de personnel, confirme le palmarès annuel des hôpitaux publié jeudi 22 août par le magazine Le Point. Il faudrait 800 médecins de plus rien qu'aux urgences. Conséquence : le personnel est débordé et des médecins démissionnent. Les médecins passent "plus de temps à rechercher des lits pour les malades qu'à faire de la vraie médecine", explique sur franceinfo le Pr Frédéric Adnet, chef du service des urgences du CHU Avicenne, à Bobigny.

franceinfo : Ce manque de personnel est-il si important ?

Pr Frédéric Adnet : Effectivement, on manque en France de médecins urgentistes et beaucoup de services n'ont pas leurs effectifs complets et sont à la recherche de médecins urgentistes. Ce manque est dû notamment à la limitation du nombre d'étudiants en médecine par le numérus clausus, qui s'est relâché récemment, mais il faut dix ans pour former un médecin. La médecine d'urgence est une nouvelle spécialité avec quatre ans d'internat, où on a un véritable diplôme de médecine d'urgence seulement depuis deux ans. On forme en France environ 500 médecins urgentistes chaque année. Il faut augmenter l'attractivité des médecins urgentistes à l'hôpital.

Que faut-il améliorer ?

Il faut que la rémunération soit attractive. L'indemnité de garde n'a pas été revalorisée depuis plus de 20 ans. Je l'ai toujours connu à 250 euros. Mais l'argent ne fait pas tout. Il y a aussi le fait que l'on puisse exercer notre art à plein temps. Le problème de l'attractivité passe aussi par le fait qu'on puisse avoir nos tâches complètement dédiées à la médecine. Pendant ma garde, j'ai passé plus de temps à rechercher des lits pour les malades qu'à faire de la vraie médecine. Et c'est quelque chose d'insupportable pour un médecin urgentiste. Nous essayons de faire des diagnostics, de traiter les patients, mais on passe énormément de temps à rechercher des lits parce qu'il y a de moins en moins de lits à l'hôpital.

Quelles sont les solutions ?

Je pense qu'on pourrait avoir du personnel dédié à la recherche de places pour que nos patients soient hospitalisés. On pourrait aussi, et c'est une grande raison de la grève des personnels actuellement, augmenter le nombre de personnel soignant, c'est-à-dire les infirmières, les aides-soignants, les brancardiers. On a une tension au niveau des personnels soignants qui rend le soin difficile. On a une centaine de patients par jour et on accueille environ 40 000 patients par an.

Quelles difficultés rencontrent les personnels soignants qui font grève ?

La grève concerne principalement les infirmières et les aides-soignants qui ne sont pas en nombre suffisant. Quand une infirmière fait le choix du service des urgences, elle est pleine de bonne volonté. Elle est là pour soigner, soulager les patients. Elle est obligée de ne pas porter un soin avec bienveillance comme amener une couverture, un verre d'eau, parce que toute son énergie est consacrée aux soins directs, c'est-à-dire aux soins de traitements, de diagnostics. On a des conditions d'accueil des patients qui se dégradent.