"Marre d'être des esclaves" : des salariés du nettoyage dénoncent leurs conditions de travail à l'Holiday Inn de Clichy

Des salariés du prestataire de nettoyage Héméra entament mercredi leur 83e jour de grève. Ils dénoncent notamment la charge de travail à l'hôtel Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine).

Les grévistes de l\'hôtel Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine) le 9 janvier 2018.
Les grévistes de l'hôtel Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine) le 9 janvier 2018. (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)
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Farida Nouar, Edité par Alexandra du BoucheronfranceinfoRadio France

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Éric tient son gobelet de café chaud bien serré entre ses mains. Comme tous les matins, depuis le début de la grève le 19 octobre 2017, il est là à 10 heures avec ses autres collègues grévistes.

Ces 12 employés d'une entreprise sous-traitante sont chargés du nettoyage de l'hôtel Holiday Inn de Clichy, dans les Hauts-de-Seine. Ils dénoncent leurs conditions de travail et les pressions qu'ils affirment subir au quotidien. Tous s'installent pour la journée près de l'entrée de l'hôtel quatre étoiles où ils travaillent. 

La grève sans fin de l'Holiday Inn de Clichy : le reportage de Farida Nouar
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Depuis 10 ans, Éric passe l'aspirateur dans les étages. Il dénonce l'humiliation quotidienne et la charge de travail, de plus en plus difficile. "Il y a 15 étages tous les jours sans compter les autres demandes qui vont avec, dit-il. C'est vraiment un travail pénible et difficile."

C'est un système qui pousse les gens à craquer et à démissionner. L'objectif, c'est ça.Éric, employé d'Héméraà franceinfo

Le mouvement a été lancé il y a 83 jours pour protester contre la mutation d'une gouvernante, la deuxième en six mois. Shirley est l'une d'elles : à son retour de congé maternité, en février 2017, elle découvre qu'elle est envoyée dans un autre hôtel, dans le quartier de La Défense, près de Paris. Là-bas, les choses se compliquent. Cette employée et mère d'une petite fille de 4 mois et demi à l'époque raconte qu'elle avait "66 chambres" à faire "tous les jours" et "les week-ends aussi". Il lui arrivait qu'on lui donne "six ou sept étages" à faire. La cadence est infernale : "Je devais être là tous les jours à 9h du matin et [je restais] jusqu'à 20h ou 21h", raconte Shirley.

Déjà cinq sous-traitants 

Depuis l'arrivée de la société sous-traitante Héméra, en 2016, ces salariés racontent avoir vu leurs conditions de travail se dégrader. "Avant, on avait trois tranches d'horaires : 7 heures, neuf heures, dix heures, explique Mirabelle, gouvernante et représentante syndicale de la Confédération nationale des travailleurs-Solidarité ouvrière (CNT-SO). Depuis que la nouvelle entreprise est là, nous avons 7 heures, 8 heures, 9 heures et 10 heures donc, quand tu as 8 heures, tu ne peux pas accompagner ton enfant à l'école." Mirabelle rappelle aussi que "cela fait déjà cinq sous-traitants qui défilent dans cet hôtel".

Donc, à un moment donné, on en a marre d'être des esclaves, on en a marre d'être sous-traités. Il faut dire stop à ça !Mirabelle, représentante CNT-SOà franceinfo

La banderole accrochée par les gréviste de l\'Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2018, sur la façade de l\'hôtel.
La banderole accrochée par les gréviste de l'Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2018, sur la façade de l'hôtel. (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)

Les salariés grévistes demandent le paiement des heures supplémentaires, une prime de panier, le treizième mois, mais aussi "la réintégration des deux salariées mutées arbitrairement" et "on demande à ce que ce soit à nouveau l'hôtel qui emploie les salariés directement, qu'il n'y ait plus de sous-traitance à cet endroit-là", détaille Laura Perratou, juriste pour la CNT-SO. Les négociations sont au point mort, mais Iliana, femme de chambre, ne veut rien lâcher. Elle lance un appel : "Je dis à tous les clients : ce n'est pas la réceptionniste qui fait la chambre, c'est la femme de chambre ! Sans nous, il n'y a pas d'hôtel." 

Sollicitées, ni la société de nettoyage, ni la direction de l'hôtel n'ont donné suite aux demandes d'interview de franceinfo.