Parcs éoliens en mer : trois questions sur les projets en France et les résistances qu'ils suscitent

Des pêcheurs ont manifesté, vendredi, au Havre et à Cherbourg, en Normandie, pour dire "non aux éoliennes" offshore qui, selon eux, "détruisent la mer".

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Le parc éolien en mer au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) en cours de construction, le 28 août 2021. (BAPTISTE ROMAN / HANS LUCAS / AFP)

Une colère tangible. "A bas les éoliennes !", "Marins-pêcheurs en colère !" Au Havre et à Cherbourg, en Normandie, près de 400 pêcheurs, selon la police, ont manifesté leur opposition aux éoliennes en mer, vendredi 24 septembre. S'étaient jointes à eux des associations de défense de l'environnement, comme Sea Shepherd France et Robin des bois. Quels sont les projets en cours ? Qui sont leurs opposants ? Ont-ils raison de s'en inquiéter ? Franceinfo reprend le fil.

1Quels sont les projets en cours ?

L'énergie renouvelable et décarbonée fournie par les éoliennes en mer est vue par le gouvernement et par des associations écologistes comme Greenpeace comme une des solutions face au dérèglement climatique. Mais, malgré ses 2 800 km de côtes en Europe, la France est en retard par rapport au Royaume-Uni, à la Scandinavie ou à l'Allemagne. Comme le montre une carte du site gouvernemental consacré aux éoliennes en mer, six projets sont néanmoins lancés sur la façade atlantique.

Le tout premier parc offshore à entrer en service, celui de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), devrait commencer à produire de l'électricité à la mi-mai 2022. Il devrait compter 80 éoliennes, situées entre 12 et 20 km de la côte, avec une puissance totale de 480 mégawatts. "La production envisagée équivaut à couvrir l’équivalent de 20% de la consommation en électricité de la Loire-Atlantique", note le site officiel.

De son côté, le parc éolien de la baie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) doit être mis en service fin 2023, avec 62 éoliennes, et celui de Fécamp (Seine-Maritime), avec 71 éoliennes, est programmé pour la même année. Avec 64 éoliennes, le parc éolien de Courseulles-sur Mer (Calvados) doit fonctionner à partir de 2024.

2Qui sont les opposants ?

D'abord les pêcheurs, qui estiment que les éoliennes en mer vont éloigner ou tuer les poissons. "Non au saccage de nos zones halieutiques", "Non à la mort de la pêche artisanale", pouvait-on ainsi lire sur les banderoles accrochées sur certains bateaux lors des manifestations de vendredi au Havre et à Cherbourg.

Parallèlement aux manifestations, des recours tous azimuts sont en cours. Le comité départemental des pêches des Côtes-d'Armor a ainsi déposé deux recours devant le tribunal administratif de Rennes pour faire annuler un arrêté autorisant les travaux du parc éolien de Saint-Brieuc, ont annoncé vendredi ses avocats, William Bourdon et Vincent Brengarth. La date d'audience du référé-suspension a été fixée au 7 octobre. Début septembre, le même comité départemental des pêches avait saisi le parquet national financier (PNF) pour "recel de favoritisme" dans l'attribution en 2012 du marché public du parc éolien en baie de Saint-Brieuc à Ailes Marines, filiale d'Iberdrola.

Certaines associations de défense de l'environnement sont également opposées à ces éoliennes, comme l'ONG de protection des océans Sea Shepherd France. Sa présidente, Lamya Essemlali, a ainsi manifesté aux côtés des pêcheurs au Havre pour "défendre la vie marine qui va être mise à mal par les éoliennes". Elle aussi a déposé en septembre des recours contre le parc éolien prévu en baie de Saint-Brieuc, devant le Conseil d'Etat et devant la Commission européenne, "pour contester les dérogations de destruction d'espèces protégées".

Procédures et recours ont nettement ralenti les projets de parcs éoliens maritimes puisque les premiers parcs ont été attribués… en 2009. Plus d'une décennie plus tard, aucun n'est en service.

3Les inquiétudes sont-elles fondées ?

Les parcs éoliens en mer nuisent-ils à la biodiversité et, si oui, dans quelle mesure ? Les certitudes scientifiques manquent encore. "Nous sommes peu nombreux à travailler sur la question par rapport à la demande sociale", nous avait confié en juin Nathalie Niquil, directrice de recherche en biologie marine et en modélisation des écosystèmes à l'université de Caen et au CNRS.

Avec quelques collègues, elle a simulé l'impact du futur parc offshore de Courseulles-sur-Mer à partir de données récoltées sur des parcs installés à l'étranger et des caractéristiques de la baie de Seine. "Le résultat est plutôt positif si on parle de biodiversité, avec l'effet récif [des mâts d'éoliennes] qui va attirer des moules et d'autres espèces associées, explique-t-elle. Si la logique est de ne pas modifier le milieu, alors c'est négatif, mais la baie de Seine est déjà très dégradée, donc ce n'est pas un objectif de la préserver en l'état."

Nathalie Niquil déconseille cependant l'installation de ces parcs dans des zones naturelles en bon état. Ces résultats, issus d'une simulation, devront être confirmés par des études de terrain. La scientifique tient cependant à souligner que ces impacts "sont globalement limités" par rapport à d'autres pollutions et aux conséquences dévastatrices du changement climatique, qui réchauffe et acidifie les océans. "Il ne faut pas oublier que le réchauffement climatique est la principale menace pour les océans", rappelle-t-elle.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Energie

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.