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Nucléaire : les annonces d'Emmanuel Macron mettront "des années avant qu’éventuellement elles trouvent une traduction", selon l'Association négaWatt

Lors de son allocution mardi, Emmanuel Macron a annoncé que la France allait construire de nouveaux réacteurs nucléaires sur son sol.

Article rédigé par France Info
Radio France
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Un agent EDF sur le chantier de la centrale nucléaire de Flamanville, où les premiers réacteurs pressurisés européens (EPR) de France sont en construction, en novembre 2016. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Pour Yves Marignac, expert critique du nucléaire et porte-parole de l'association négaWatt, les annonces du président de la République sur le nucléaire mettront "des années avant qu'éventuellement elles trouvent concrètement une traduction". Il réagit à l'allocution de chef de l'Etat mardi soir. Parmi les annonces, la relance de la construction de réacteurs nucléaires, de type EPR 2. Emmanuel Macron estime que c'est un moyen de "garantir l'indépendance énergétique de la France" et "d'atteindre en 2050 la neutralité carbone."

franceinfo : Concernant ces annonces sur le nucléaire, le président de la République n'a pas évoqué de calendrier, ni livrer plus de précisions sur le nombre de réacteurs. Cela prend du temps de construire des réacteurs ?

Yves Marignac : C'est une annonce vague et problématique puisqu'elle intervient au moment-même où le rapport de RTE nous dit que des choix s'ouvrent entre la relance de réacteurs ou une trajectoire 100% renouvelable. C'est une annonce très vague pour de bonnes raisons. Ces réacteurs EPR 2 n'en sont qu'à une phase préliminaire de conception. Il faudra des années avant de valider leur design, des années ensuite pour développer une version opérationnelle à implanter sur des sites à choisir. Il faudra évidemment les débats et enquêtes publiques nécessaires. Cette annonce a un effet important mais il faudra des années avant qu'éventuellement elle trouve concrètement une traduction.

Ces nouveaux réacteurs sont-ils plus difficiles à construire que les réacteurs déjà en activité ?

Les réacteurs de type EPR comme celui de Flamanville sont aujourd'hui très difficiles à construire. Ce sera aussi le cas pour des EPR 2, ce nouveau modèle, compte tenu notamment de leur taille. Néanmoins EDF cherche à réduire ces difficultés en simplifiant la conception, en rognant sur certaines options de sûreté. L'avenir nous dira si l'Autorité de sûreté nucléaire valide toutes ces simplifications et si elles apportent les gains en termes de durée de construction et de coût qu'EDF espère.

"Pour le moment, il faut conserver la plus grande prudence vis-à-vis de ces projections."

Yves Marignac, expert critique du nucléaire

à franceinfo

Il y a aussi le problème de la gestion des déchets. C'est l'un des angles morts de la discussion actuelle sur le nucléaire et sur les projections que semblent faire le président de la République. On est aujourd'hui dans une situation où les combustibles usés s'accumulent, les piscines de La Hague sont en voie de saturation. D'autres éléments s'accumulent comme le plutonium issu du retraitement. La question de savoir si les prochains réacteurs vont poursuivre cette voie de l'accumulation des matières ou non est évidemment fondamentale. Pour le moment, dans la conception des EPR 2, il n'y a aucune nouveauté dans ce domaine, au contraire, ils ne sont pas prévus pour réutiliser ces matières. Il laisse donc entière cette question de stock énorme accumulé sans perspective ni d'utilisation, ni d'élimination.

Le parc nucléaire français est vétuste, ou il va l'être. Pour continuer à produire de l'électricité, il faut choisir entre miser tout sur le renouvelable ou construire de nouveaux réacteurs ?

C'est la façon dont Emmanuel Macron souhaite poser l'équation. C'est en ligne avec son plan "France 2030", il a fixé comme objectif que le pays produise davantage, sans préciser quelle est la finalité de cette production. Cet objectif est contraire aux limites auxquelles on se heurte, que ce soit en termes d'utilisation de matériaux, de biodiversité, d'usage des sols. On voit bien qu'il y a derrière un logiciel productiviste qui appelle à toujours plus de production qui doit être décarbonée puisqu'il faut faire face à l'urgence climatique. C'est cette équation-là qui conduit à dire qu'on a besoin évidemment des renouvelables et peut-être aussi du nucléaire, cela fait l'impasse sur le principal levier devant nous pour maîtriser ce qui vient, c'est-à-dire le besoin de réinvestissement massif dans notre système électrique lié à ce vieillissement du parc nucléaire existant. Le principal levier dont on dispose, c'est une maîtrise de la consommation d'énergie. C'est ce qui permettra de réduire les volumes d'investissement, de réduire l'impact sur les factures des ménages et des entreprises, de gagner en acceptabilité de ces nouveaux équipements. Plus on va dans cette priorité à la maîtrise de l'énergie, moins le nucléaire est nécessaire.

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