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Florange : "Travail, logement… C'était l'eldorado!"

Deux anciens salariés font visiter le "U4" d'Uckange, à quelques kilomètres de Florange, et à des années-lumière d'une époque où la sidérurgie embauchait encore. Reportage.

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Roger Bague et Bernard Colnot, deux anciens salariés de Lorfonte, sur le site de l'usine d'Uckange (Moselle). (HERVE POZZO / FRANCETV INFO)

Ils sont arrivés ici dans les années 1960, en voisins, de leurs Vosges natales. L'un, ingénieur dans le textile, et l'autre, employé dans une charcuterie, sont partis pour ce qu'ils appelaient "l'eldorado" : la Moselle, ses hauts-fourneaux, ses laminoirs, l'acier, la sidérurgie.

A l'époque, les usines à fonte de la famille de Wendel proposent du travail, des formations, mais aussi et surtout un logement. Elles ont besoin de bras, la demande est forte ; les Trente Glorieuses battent leur plein. A Uckange, près de Florange, la population va quadrupler entre 1945 et 1975, les hauts-fourneaux produiront jusqu'à 1 million de tonnes d'acier par an.

Les postes les plus éprouvants dévolus aux immigrés

Roger Bague commence comme "charioteur" : il apporte le minerai et le coke (alors français) jusqu'au four. Il ne travaillera jamais sur le plancher de coulée, ce qu'il ne regrette d'ailleurs absolument pas : "Les postes les plus physiques, les plus éprouvants n'étaient pas les mieux rémunérés et ce sont surtout les immigrés italiens, polonais ou nord-africains qui les occupaient", explique-t-il.

Il termine sa carrière comme "polyvalent", à 50 ans, "un peu usé après vingt-six ans de feu", quand l'usine éteint son dernier four, en 1991. Comme tous les autres, il est payé encore cinq ans par "la boîte", Lorfonte, puis cinq ans encore par les Assedic pour émarger ensuite à la caisse de retraite des sidérurgistes.

Ingénieur en chef, Bernard Colnot faisait partie de l'équipe qui dirigeait l'usine. Il décrit un métier dangereux, où la sécurité est une obsession. Fonte en fusion qui calcine instantanément un membre, bandes transporteuses qui les tronçonnent… Autant de dangers mortels dont le principal est le plus pernicieux car invisible et inodore : le gaz des hauts-fourneaux.

Même si la production occupe l'essentiel de son temps, les "gazés" hantent sa carrière. Quand on se hasarde à leur demander si la direction s'occupait des familles endeuillées, les visages se ferment et les deux hommes se regardent, l'air entendu. "Bonne question… C'est une bonne question"… qui n'aura pas de réponse.

La Lorraine de la sidérurgie est un monde dur comme la fonte, où la chaleur d'un monde ouvrier réjoui à l'idée d'occuper son poste en 3x8 dans un vacarme d'enfer paraît incongrue, comme inventée par d'autres. L'ancien ouvrier explique : "Nous étions fiers d'une chose : avoir un travail ! Certainement pas de travailler dans la sidérurgie… Nous aurions été aussi fiers de travailler dans l'automobile !" Et l'ingénieur d'intervenir : "Mais le danger rendait solidaire, chacun se préocccupait de l'autre. Là était la solidarité entre ouvriers. Il y avait une certaine fierté à travailler dans des conditions si difficiles."

Inscrit à l'inventaire des monuments historiques, le "U4" peut être visité depuis 2007 et, l'année passée, 15 000 visiteurs ont parcouru les secteurs ouverts au public. Parmi les guides, d'anciens employés de l'usine, sans doute attristés par l'état de la plus grande partie du site. Comme la salle des "soufflantes" aux turbines énormes, aux salles carrelées, à l'escalier art déco monumental mais dégradé par des années de squats et de graffitis.

Dans la région, certains aimeraient préserver ces sites, d'autres disent préférer qu'on investisse dans l'emploi… dans la sidérurgie.

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