Alstom Reichshoffen : "Aujourd'hui nous n'avons aucune assurance qu'il n'y aura pas de licenciements", déclare la CGT-FO-CGC

Pour pouvoir acquérir le constructeur ferroviaire québécois Bombardier, Alstom doit sacrifier certaines de ses usines pour ne pas être accusé de monopole par Bruxelles. Il a donc choisi de céder Reichshoffen.

L\'usine Alstom à Reichshoffen (bas-Rhin) fabrique le TER Regionlis.
L'usine Alstom à Reichshoffen (bas-Rhin) fabrique le TER Regionlis. (FRANCK KOBI / MAXPPP)

"On est tombés des nues !" Daniel Dreger, porte-parole de l'intersyndicale CGT-FO-CGC du site de Reichshoffen (Bas-Rhin) et secrétaire du comité groupe Europe d'Alstom, explique jeudi 9 juillet sur franceinfo l'annonce surprise d'Alstom de céder le site alsacien de Reichshoffen. Le représentant s'inquiète face à l'absence totale de garanties pour les près de 800 salariés.

franceinfo : Qu'est-ce qu'Alstom prévoit de faire du site alsacien de Reichshoffen dans le cadre de son rapprochement avec le canadien Bombardier ? Vous y attendiez-vous ?

Daniel Dreger : C'est simple, hier soir à 17h40 nous avions un conseil d'administration du comité groupe Europe où Alstom nous présentait les remèdes qu'il devait donner à la Commission européenne à partir de demain et dans ces remèdes, ils ont cédé le site de Reichshoffen, avec la moitié du site de Hennigsdorf (Allemagne) pour ne plus avoir le monopole en France et en Allemagne, lorqu'ils vont acquérir la branche ferroviaire de Bombardier. On est tombés des nues, on savait que le 'régional' était pointé du doigt par la Commission européenne mais à aucun moment on ne pensait vraiment que c'était le site de Reichshoffen. Je ne vous explique pas le coup de massue que tous les salariés de Reichshoffen ont eu ce matin quand ils ont appris tout ça par les médias. Hier soir, on nous a expliqué qu'il ne fallait rien dire à personne et qu'on était sous le sceau de la confidentialité. Sur internet, par la presse, tout a été divulgué dans la nuit.

Et comment Alstom se justifie ? Il y a quelques mois encore, monsieur Poupart-Lafarge, le PDG, ne disait que du bien du site de Reichshoffen, qui était un peu le navire amiral d'Alstom...

Le problème c'est que, si on avait le monopole du 'régional' en France, il y avait deux sites qui étaient concernés, c'était Reichshoffen et Valenciennes-Crespin. Le problème c'est que nous sommes un site "un produit", alors que Crespin sont "multi-produits". Nous, on a un gros produit, c'est le Régiolis [train régional de nouvelle génération]. Depuis dix-quinze ans, on nous dépouille de tous les autres segments qu'on faisait. Aujourd'hui on ne fait que le Régiolis, donc c'est plus facile pour eux de vendre à un aquéreur une usine qui ne fait qu'un produit.

Quelles sont les échéances ? Est ce que vous avez eu des garanties de la part d'Alstom concernant l'avenir du site hors du groupe ?

Demain soir, Alstom va déposer les remèdes à la Commission européenne qui aura le temps jusqu'au 31 juillet de dire : "Oui, vous pouvez y aller, vous pouvez racheter Bombardier" ou "non, vous n'y allez pas, et on passe en phase 2", une phase qui durera de nouveau quatre mois. Et je pense que, même si on passe en phase 2, on sera quand même cédés.

Le seul moyen de ne pas être cédés, c'est qu'ils ne rachètent pas Bombardier. Daniel Dreger, porte-parole de l'intersyndicale CGT-FO-CGCà franceinfo

Le problème c'est que la Commission européenne a dit à Alstom : "Il faut que vous cédiez quelque chose, que vous nous donniez des remèdes pour que vous n'ayez pas le monopole". Après si ça ne suffit pas, ils vont donner encore autre chose, ils pourront peut-être donner le site de Crespin. Mais aujourd'hui ils ont donné le site de Reichshoffen comme remède. Et si ils disent : "Oui, les remèdes me suffisent", ils auront tout le mois d'août pour négocier avec les nouveaux acquéreurs. Il y en a plusieurs, CAF, Stadler, Talgo, TMH, CRC, Siemens... On entend de plus en plus une rumeur comme quoi Siemens serait intéressé aussi, mais aujourd'hui on n'a rien. Aujourd'hui nous n'avons aucune garantie, aucune assurance qu'il n'y aura pas de licenciements.