Marseille : des Beaumettes aux "Beaux mets", un restaurant pour lutter contre la récidive

Cette formation à la cuisine s'adresse à des détenus en fin de peine pour les aider à  se réinsérer. 

Dans les cuisines du restaurant \"Les Beaux Mets\" à Marseille, le 21 mai 2019.
Dans les cuisines du restaurant "Les Beaux Mets" à Marseille, le 21 mai 2019. (TOMASELLI ANTOINE / MAXPPP)

Kassim a 22 ans. À la cheville, le jeune homme porte un bracelet électronique. C’est son dernier lien avec la prison, car depuis les six derniers mois, son quotidien se partage entre les cuisines d’une grande table marseillaise, comme stagiaire, et les fourneaux du restaurant, deux fois par semaine. "Tout va bien, se réjouit-il, j’aime bien travailler de mes mains, j’aime bien bouger. C’est une chance parce que j’ai eu un parcours à l’école chaotique, et là j’ai pu me rattraper", explique-t-il.

L'expérience menée par le restaurant Les Beaux mets est unique en France. Calqué sur le modèle anglais du restaurant The Clink, cet établissement éphémère installé dans le centre-ville de Marseille est tenu par des détenus en fin de peine. Son nom fait référence à la célèbre maison d'arrêt marseillaise. Les six anciens détenus des Beaumettes qui sont allés au bout de leur formation de six mois obtiendront un diplôme de commis de cuisine, qui devrait leur permettre de décrocher un emploi, et par là même, d'entamer une nouvelle vie.

Une interface entre le milieu carcéral et l’emploi normal

C’est ce retour à la réalité qui est le plus difficile, comme a pu le constater Didier Castel, formateur en cuisine. "Une fois qu’ils sont partis, qu’ils sont levés et qu’ils sont là, il n’y a pas de souci, affirme-t-il. C’est juste réapprendre à vivre normalement, comme on vit dehors."

Comme Kassim, tous les détenus ont été sélectionnés sur leur motivation, car le but de cette initiative est bien d’empêcher la récidive. "C’est à eux de voir si cet emploi-là va leur suffire," affirme Aurore Cayssials, qui dirige aux Beaumettes la structure d’accompagnement vers la sortie. "C’est beaucoup de jeunes qui ont été condamnés, en majorité pour des trafics de stupéfiants, donc avec un revenu assez élevé,  souligne-t-elle. Et donc il s'agit de travailler sur ce processus de sortie d'une vie facile." En Angleterre, où est née l’initiative, le taux de récidive est passé de 50% à 7% depuis le début de l’expérience.

A Marseille, le reportage de Marie-Christine Lauriol
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