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Indemnisation partielle d'une femme victime de violences conjugales : "C'est complètement aberrant", s'emporte une association

La Commission d'indemnisation des victimes a estimé qu'en rentrant chez elle, la jeune femme était en partie responsable de la violence de son compagnon qui l'a défenestrée, la laissant tétraplégique.

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Radio France
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Françoise Brié, directrice générale de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) dénonce le "stéréotype sexiste sur 'la victime parfaite' qui serait responsable des actes commis par son agresseur" (photo d'illustration du 5 mars 2018). (THOMAS SAMSON / AFP)

"C'est toujours le même système de renvoi de la responsabilisation des victimes", a dénoncé vendredi 4 janvier sur franceinfo, Françoise Brié, directrice générale de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF). La Commission d'indemnisation des victimes a refusé d'indemniser Aïda, une femme devenue paraplégique après avoir été défenestrée par son compagnon au Mans en 2013, jugeant qu'elle était en partie responsable de cette situation. "C'est une méconnaissance totale de ce que peuvent vivre les victimes", a-t-elle ajouté.

franceinfo : Avez-vous compris la décision du Fonds de garantie ?

Françoise Brié : C'est complètement aberrant, en sachant que cette femme est tétraplégique des suites des violences et que dans la décision, on parle de responsabilisation. En fait, on renvoie à cette femme des stéréotypes sexistes, sur "la victime parfaite" qui serait responsable des actes commis par son agresseur. C'est une décision qui nous semble très étonnante pour la justice parce qu'on peut entendre ça de la part de la population générale, mais là on est vraiment dans un renvoi de sa culpabilité et dans une victimisation secondaire. Il faut rappeler quand même que cette femme est tétraplégique à vie, que ça va avoir un coût sur sa vie et que l'indemnisation n'est finalement pas très élevée. On n'aurait pas souhaité entendre ces remarques de la part de la justice et de la commission d'indemnisation des victimes.

La Commission d'indemnisation des victimes estime que, malgré les conseils de la police intervenue sur place ce soir-là pour violences conjugales, Aïda est retournée chez elle. Elle n'avait pas trouvé d'endroit où aller.

Oui, c'est une méconnaissance totale de ce que peuvent vivre les victimes, en particulier en matière de parcours d'hébergement et de logement. On sait très bien que c'est compliqué pour une victime d'obtenir une place d'hébergement, qu'elle a cherché à partir, qu'elle a appelé des amis. Elle a vraiment tenté de partir, d'écouter les conseils de ses amis qui lui avaient demandé de ne pas retourner au domicile, puisque l'agresseur avait même aussi frappé l'un de ses amis. C'est aussi une méconnaissance totale des conséquences des victimes et de tout ce qu'elles ont à faire dans leur parcours, c'est-à-dire partir, trouver un hébergement, trouver un logement, entamer des démarches judiciaires, parce qu'[Aïda] avait déjà porté plainte. Cet agresseur a quand même été condamné par la justice pénale. [Dans cette décision], elle a été suspectée de ne pas être "une victime parfaite" [car] elle était parfois dans l'utilisation de produits stupéfiants. Les victimes aussi peuvent avoir besoin de soulager ces violences, leurs conséquences... On le sait très bien.

Le cas d'Aïda est-il isolé ?

Ces victimes sont toujours renvoyées à un élément qui va rendre suspect leurs parcours. On l'a vu aussi dans une affaire de logement il n'y a pas très longtemps où une femme a été expulsée de son logement parce qu'elle faisait trop de bruit pour les voisins. Il y a avait eu une décision d'expulsion de son appartement alors que, là aussi, il y avait eu une condamnation de son agresseur. C'est toujours le même système de renvoi de la responsabilisation des victimes, y compris en matière de viol. Soit parce que la femme a été un peu alcoolisée, soit parce qu'elle avait un habillement qui pouvait laisser suspecter un comportement inadéquat. Toutes les femmes peuvent être victimes de violences, à n'importe quel âge, quelles que soient les conditions socio-économiques. Il faut que la honte change de camp, ce n'est pas aux victimes d'être culpabilisées de leur comportement.

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