Cinq questions sur le scarabée japonais, considéré comme une menace sérieuse pour l'agriculture

Plus de 400 espèces végétales sont menacées par l'invasion redoutée de ce scarabée qui sévit déjà en Suisse et en Italie.

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Le scarabée japonais sévit depuis quelques années en Suisse et en Italie. (CREATIVE TOUCH IMAGING LTD / NURPHOTO/ AFP)

Il est beau mais menaçant. Le scarabée japonais, cet insecte ravageur qui se nourrit de feuilles et de racines, approche de l'Hexagone, alerte l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), lundi 13 juin. Parce qu'il présente une menace pour l'agriculture, l'Anses recommande une surveillance accrue du coléoptère. Franceinfo répond à cinq questions sur cet ennemi des jardins et des exploitations agricoles.

1Quel est cet insecte ?

Le Popillia japonica est un scarabée aux ailes brun cuivré et au corps vert métallique, venu du Japon. Il peut facilement être confondu avec d'autres coléoptères déjà présents en France, comme le hanneton des jardins. Mais le Popillia japonica possède "des rangées de soies blanches sous l'abdomen" qui le caractérisent, décrit l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) dans sa fiche signalétique. Il mesure en moyenne 10 mm de long et 6 mm de large.

Cet insecte passe de l'état de larve à celui de scarabée en une année en général. Sous les climats froids, comme dans le nord des Etats-Unis, sa durée de vie est de deux ans. Il passe la majorité de celle-ci sous forme immature, d'œuf, puis de larve. Une fois adulte, le scarabée japonais est actif de juin à septembre.

2Dans quelles zones est-il actuellement signalé ?

Au début du XXe siècle, le scarabée japonais a migré aux Etats-Unis, colonisant la côte Atlantique avant de se disséminer vers l'ouest. Puis il est arrivé en Europe où il a été repéré pour la première fois en Italie en 2014, dans les régions du Piémont et de la Lombardie, puis en Suisse en juin 2017, à la frontière italienne, dans le canton du Tessin, précise l'Anses dans un rapport publié en mai 2022 (PDF). Depuis, le foyer s'est étendu, obligeant les autorités suisses et italiennes à passer à une stratégie d'enrayement sur une zone plus vaste et non plus sur des zones délimitées.

Bien qu'il n'ait pas encore été détecté en France, "il n'y a aucune raison qu'il n'entre pas sur le territoire", affirme Christine Tayeh, coordinatrice scientifique au sein de l'unité Expertise sur les risques biologiques du laboratoire de la santé des végétaux de l'Anses.

Les probabilités de le voir débarquer sont donc "hautes" avec une "incertitude faible". Car l'insecte "se déplace facilement" et "les conditions de température et de précipitation lui sont favorables", souligne l'experte. Adulte, l'insecte peut voler. Mais il peut aussi "avoir un comportement autostoppeur, c'est-à-dire qu'il peut être transporté sur n'importe quel support, pas uniquement sur les plantes dont il se nourrit", prévient l'Anses.

3Quelles plantes sont menacées ?

Ce scarabée n'aura aucune difficulté à trouver de quoi se nourrir dans l'Hexagone, qui abrite une centaine d'espèces parmi les quelque 400 végétaux qu'il peut consommer. A l'état de larve, le scarabée s'alimente des racines des plantes hôtes. Une fois adulte, il grignote les feuilles entre les nervures, leur donnant un aspect de dentelle. En grignotant les feuilles, le coléoptère réduit leur surface, "ce qui diminue la capacité de photosynthèse des plantes et donc potentiellement leur rendement", souligne l'Anses.

Le scarabée japonais peut aussi s'attaquer aux fruits et aux fleurs. Les agriculteurs et les arboriculteurs sont concernés par cette possible invasion, car le scarabée attaque des plantes cultivées à des fins alimentaires comme les pruniers, les pommiers, la vigne, le maïs, le soja, les haricots ou encore les asperges. Il se nourrit aussi sur les plantes ornementales comme les rosiers, des espèces sauvages comme la ronce ou les trèfles, ou encore des espèces forestières, comme l'érable plane ou le peuplier noir.

4Pourquoi l'Anses appelle-t-elle à la vigilance ?

S'il est impossible de l'empêcher d'entrer en France, il est nécessaire de l'éradiquer avant qu'il ne colonise le territoire. L'Anses estime à 10 kilomètres par an la vitesse de propagation du scarabée japonais. D'où son alerte lancée en début de semaine et sa recommandation de sensibiliser les particuliers et les professionnels des filières concernées.

"Nous pensons qu'il y a une chance d'éradiquer le scarabée japonais dès le début de l'invasion."

Christine Tayeh, scientifique

extrait du communiqué de l'Anses

Pour cela, l'Anses juge nécessaire de déployer des moyens de surveillance "dynamiques" afin de détecter de façon précoce l'insecte et de lutter tant que la population est encore "faible et isolée". "Les éradications qui ont réussi dans l'Oregon et en Californie se sont faites dans ce contexte", précise Christine Tayeh. "Si de telles actions ne sont pas déployées dans les plus brefs délais après la détection du scarabée japonais, empêcher sa dissémination une fois qu'il se sera établi sur le territoire risque d'être long et d'avoir une faible chance de succès", met en garde l'Anses.

5Comment piéger ces scarabées ?

L'Anses détaille un mode opératoire qui consiste à délimiter la zone infestée et à y déposer des pièges "dans des endroits stratégiques, comme le long de la frontière française avec les pays où l'insecte est présent et à proximité des points d'entrée clés, tels que les ports ou les aéroports, ainsi que des réseaux de transport", détaille l'agence. Ces pièges contiennent des leurres mixtes, soit une combinaison de phéromones sexuelles et d'attractifs floraux.

Aux pièges s'ajoutent l'utilisation de produits phytopharmaceutiques de synthèse et la lutte biologique. L'Anses recommande aussi de réduire l'irrigation en période de ponte et de labourer les sols à l'automne pour réduire les dégâts associés aux adultes et la survie des larves. L'Inrae invite toute personne ayant vu un scarabée japonais à le photographier et à le signaler sur son site.

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