"Nous peinons à transformer nos victoires militaires en sortie de crise": le constat lucide du patron de l'Armée de terre sur les conflits d'aujourd'hui

Radicalisation et signaux faibles, conflits qui s'enlisent, conséquences du Brexit : pour sa première prise de parole publique, ce jeudi au camp militaire de Satory, à Versailles, dans les Yvelines, le général Thierry Burkhard a parlé d'armée, de futur et d'actualité.

Démonstration des moyens de l\'Armée de terre, à Satory, le 10 octobre 2019.
Démonstration des moyens de l'Armée de terre, à Satory, le 10 octobre 2019. (ARMEE DE TERRE)

Patron des 114 847 hommes et femmes de l'Armée de terre depuis cet été, le général Burkhard a entendu l'appel du président de la République à une "vigilance de tous" face à la radicalisation. Même si, selon un rapport parlementaire, les armées françaises sont "globalement étanches" face au phénomène, le nouveau Cemat (chef d'état major de l'armée de terre) estime jeudi 10 octobre que chacun doit "conserver une capacité d'étonnement" face à des signaux faibles : "Si on s'aperçoit, après coup, qu'il y avait de tels signaux, et qu'on a été incapable de les interpréter, certains devront se dire qu'ils n'ont pas fait leur travail."

Signaler une dérive, c'est plus facile à dire qu'à faire, il y a toujours un frein, car ce n'est pas facile de lever la main et de stigmatiserLe général Burkhardà franceinfo

En présentant jeudi matin sa vision de l'Armée de terre, engagée dans des opérations extérieures majeures - Barkhane au Sahel, Chammal en zone irako-syrienne -, Thierry Burkhard a livré un constat lucide sur les conflits d'aujourd'hui. Il ne veut pas "stigmatiser la France et l'Armée française", au contraire, mais il admet la difficulté face à ces conflits qui durent et deviennent des crises qui s'enkystent : "Aujourd'hui, si dans les six mois qui suivent l'entrée sur un théâtre, nous n'avons pas été capables de changer fondamentalement la vie des gens sur place, c'est que nous sommes déjà en train de partir en arrière."Nous peinons à transformer nos victoires militaires en sortie de crise", conclut-il.

Le général Thierry Burkhard, à Satory, le 10 octobre 2019.
Le général Thierry Burkhard, à Satory, le 10 octobre 2019. (ARMEE DE TERRE)

Devant une centaine d'auditeurs de l'Institut des hautes études de la Défense nationale, venus assister sur le terrain militaire de Satory à une démonstration des capacités de l'Armée de terre, l'ex commando parachutiste de la Légion étrangère a dressé les défis d'aujourd'hui et de demain  : encadrer et savoir commander les 15 000 jeunes qui sont recrutés chaque année, dépasser l'image d'un métier simple et sous qualifié, se préparer à un conflit de haute intensité tout en assurant aux militaires une vie personnelle de qualité. Sans oublier l'intégration du système Scorpion, un système de haute connectivité entre les hommes et leur matériel sur le terrain, censé faire passer l'Armée de terre du "minitel au smartphone".

Demain, c'est aussi le Brexit, la sortie annoncée de l'Union européenne par le  Royaume-Uni : "Les Britanniques sont venus au Sahel, leurs trois CH-47 (des hélicoptères lourds, de transport de troupes et de matériel, qui font défaut aux armées françaises) sont complètement intégrés. Ils vont jusqu'au bout de ce qu'ils peuvent faire et travaillent remarquablement bien et ils ont même décidé de prolonger leur engagement à nos côtés. Cela, c'est un vrai signe..."