Drones armés : la France saute le pas

C'est sur la base de Niamey, au Niger, que sont déployés les drones de l'armée française. S'ils ne participent qu'aux missions de surveillance, ils seront armés d'ici 2019. Une décision pour laquelle la France a beaucoup hésité.

FRANCE 3

L'oeil électronique scrute la piste. Le drone s'aligne, et au milieu d'appareils plus classiques, l'avion télépiloté s'élance dans le ciel charentais. Nous sommes au-dessus de Cognac (Charente), la base des drones militaires français. Au sol, derrière les antennes satellitaires, dans des conteneurs beiges, se cache le poste de pilotage. Le commandant Paul est ancien pilote de chasse. Avec le drone, il retrouve sa mission de reconnaissance, tout en pilotant à distance. Juste à côté, dans une pièce sombre et confidentielle, deux spécialistes du renseignement récupèrent images et données radar, analysées en temps réel. Le drone peut rester en vol jusqu'à 24 heures. Les militaires peuvent surveiller un point d'intérêt en toute discrétion.

Une arme pas assez maîtrisée selon des ONG

L'armée française déploie et pilote depuis le Niger cinq drones de ce type pour l'opération antiterroriste Barkhane. Chaque jour, l'un d'entre eux vole 15 heures. L'objectif : traquer des groupes armés et soutenir des opérations au sol. Un outil devenu indispensable, et qui sera armé dès 2019 permettant d'agir plus vite, selon les militaires. Les drones armés sont déjà utilisés par les États-Unis. Sur 4 000 frappes aériennes américaines recensées par des organismes spécialisés, presque une victime sur dix est civile. Les ONG de défense des droits de l'Homme dénoncent l'usage d'une arme insuffisamment maîtrisée.

L'armée française se veut rassurante. Selon elle, contrairement aux Américains, elle ne pratiquera pas d'exécutions extrajudiciaires et ses drones effectueront les mêmes missions qu'un avion de chasse, dans le respect du droit. Témoignant de ses interrogations, durant des années, l'armement des drones est resté un tabou en France. Le contexte de menace terroriste très élevée a sans doute eu raison de cette méfiance.

Le JT
Les autres sujets du JT
Un militaire français de l\'opération Barkane se tient à côté d\'un drone Reaper, le 14 mars 2016, à Niamey (Niger). 
Un militaire français de l'opération Barkane se tient à côté d'un drone Reaper, le 14 mars 2016, à Niamey (Niger).  (PASCAL GUYOT / AFP)