Défilé du 14-Juillet : à la rencontre des tireurs d'élite de l'armée

Le 8e régiment parachutiste d'infanterie de la marine défilera dimanche sur les Champs-Elysées. franceinfo s'est rendu sur leur camp d'entraînement, près de Castres, pour rencontrer les tireurs d'élite.

Un groupe de snipeurs du 8e RPIMA en opération, en 2016.
Un groupe de snipeurs du 8e RPIMA en opération, en 2016. (Caporal-chef de première classe Guillaume C. / armée de Terre)

Dans un champ de tir, tout proche de Castres, des cibles sont à moitié dissimulées dans les herbes, contre des talus, à 400 mètres, voire jusqu'à 1 200 mètres et plus. C'est une journée d'entrainement ordinaire pour les sergents Thomas et Kevin et le caporal chef Jérémie. 

"200 mètres, le deuxième personnel en partant de la droite", dit l'un d'entre eux. Ces trois hommes forment un groupe TELD, comprenez tireur d’élite longue distance. "Dans l’équipe, on a le tireur et le spotter, c’est-à-dire l’aide tireur", explique l'adjudant Guillaume. "C’est lui qui va apporter tous les éléments initiaux pour le tir, tout ce qu’est le vent, température, luminosité, humidité, barométrie. Ensuite, on a un chef d’équipe autonome qui gère tout ce qui est tactique avec les chefs."

Reportage de Franck Cognard
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Leur principale mission : observer et renseigner

Entre deux séquences de tir, ces hommes expliquent leur spécialité : le tir qui s'apprend, la mentalité qui ne s'apprend pas, les longues marches d'infiltration pour trouver un point haut et s'y établir plusieurs jours si nécessaire. Mais aussi les kilos d'équipement à emporter : le fusil de précision, le PGM, pèse 17 kilos à lui seul. Ils expliquent aussi leur principale mission : observer et renseigner.

C’est quelque chose qui est exigeant physiquement et moralement, d’autant plus qu’on peut être très bien dans le désert sous des températures de 50 voire 60 degrés, ça fatigue moralement et physiquement.Le caporal chef Jérémieà franceinfo

Le sergent Tom poursuit : "Surtout qu'ensuite, on a une phase de désengagement sur laquelle on peut être vulnérable. Il faut vraiment garder de la ressource. On n’est jamais à l’abri de se faire accrocher sur le chemin du retour, parce qu’on est vraiment en petit élément et on n’a pas trop le droit à la faute."

"Tiens, but"

L'entrainement reprend. Deux d'entre-eux s'allongent sur le gravier. "5…4… 3… 2…1... Boom ! Tiens, but", lâche l'un des tireurs. L'explosion a fait un bruit sourd. "Un seul départ de coups, il peut y avoir deux cellules qui tombent, ça peut semer un peu la zizanie en face", raconte l'adjudant Guillaume.

Bon, c’est beaucoup de travail aussi, beaucoup de connaissance entre les tireurs. Très clairement, il faut s’entrainer pour arriver à déclencher le coup au même moment.L'adjudant Guillaumeà franceinfo

Le sniper rassure les amis, inquiète les ennemis. Ne pas savoir d'où vient un tir est terrifiant. Pour un effet maximal, des tirs précis et répétés, le lien entre le tireur et son spotter est essentiel. Vaut mieux bien se connaitre, confirme le sergent Kevin : "C’est un plus. Plus un tireur et un spotteur vont travailler ensemble, plus ils vont se connaitre." 

La séance se poursuit, sous l'oeil de l'adjudant Guillaume. En Afghanistan, son oeil et la lunette de son arme ont permis à d'autres soldats d'éviter une embuscade. D'ailleurs, est-ce grisant d'avoir un adversaire, pile au centre de son réticule de visée ? "Oui, il y a cet aspect où on a un certain pouvoir, derrière la lunette, planqué, avoir un pouvoir de mort sur quelqu’un, ça oui, maintenant, ce n’est pas du tout l’esprit qu’on veut donner à cette spécialité. Si on n’a pas le choix, on le fera, on s’entraîne pour ‘faire but’, pour protéger nos copains s’il le faut, maintenant, on ne se vante pas de ça."