Pièces à conviction, France 3

VIDEO. Les chênes des forêts françaises s'exportent en Chine... au détriment des scieries locales

Dans les forêts françaises se joue une guerre commerciale dont le roi des arbres, le chêne, est l'enjeu. Un quart de la production brute est désormais exporté vers l’Asie. Les nouveaux acheteurs, en majorité chinois, font monter les prix, et les scieries françaises peinent à s’aligner. Extrait de "Pièces à conviction" du 28 octobre 2020.

Après avoir coupé la plupart de leurs forêts entre les années 1950 et 1970, aujourd'hui, ils plantent des arbres. En attendant que leur pays se reboise, les Chinois vont se fournir ailleurs... Notamment dans la région Ile-de-France. La Chine achète du bois français depuis 2010.

Près de Corbeil-Essonnes, Jérôme Vacandare, exploitant forestier, est en train de superviser le chargement de ses grumes (des troncs d'arbre – ici, de chêne) dans une quinzaine de conteneurs. Il en a acheté 416 tonnes. Il revend cette matière première en Europe, et aussi en Asie.

Au dire de l'exploitant, les grumes expédiées vers l'Asie seraient principalement des bois de second choix. Les Chinois importeraient-ils donc du bois de moindre qualité ? Pourtant ce jour-là, l'équipe de "Pièces à conviction" a filmé l'acheteuse d'un chargement devant rejoindre Shanghai qui refuse un tronc jugé trop "moche"... 

Limiter la vente des chênes bruts à l'Union européenne ?

A Chalon-sur-Saône, en Bourgogne, David Chavot dirige l'un des plus importants sites de transformation du bois de chêne en France. Sa scierie fabrique des traverses de chemin de fer, et aussi du parquet vendu dans le monde entier. La journaliste Delphine Lopez, qui signe cette enquête, est allée lui demander ce qu'il pense de la qualité de ces chênes destinés à l'exportation, soi-disant de second choix. 

"Je les achète tout de suite, ces bois-là ! répond-il sans hésitation. C'est précisément le type de bois qu'on est capables de transformer, pour faire du parquet de la plus belle qualité. C'est exactement le bois que vous trouvez sur mon parc à grumes." Selon David Chavot, "c'est plus de 25% de la récolte de chêne du territoire français qui est partie en Asie dans les dernières années. Et ça a créé un manque important dans les scieries françaises".

Sa scierie marche bien, mais d'autres sont menacées depuis l'arrivée sur le marché de ces nouveaux clients asiatiques, car le prix du chêne brut a doublé. Le chef d'entreprise voudrait que les chênes bruts ne soient plus vendus en dehors de l'Union européenne. Mais ce n'est pas l'avis des propriétaires forestiers privés...

Extrait de "Forêts en danger : que fait l'Etat ?", à voir dans "Pièces à conviction" le 28 octobre 2020.

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