Vidéo Exportations de chênes en Asie : pourquoi certains contournent le label censé les freiner… quitte à scier la branche sur laquelle ils sont assis

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Envoyé spécial / France 2
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France Télévisions

En 2015, un label a été créé pour contrôler les exportations de chêne français hors d'Europe, notamment vers l'Asie, et ainsi protéger la filière française. Pourtant, le propriétaire de cette scierie se met dans l'illégalité en continuant à vendre à la Chine des grumes de chêne brut. A visage caché, il le regrette et dit ne pas avoir le choix.

"Ces chênes-là vont partir en Chine." Dans la cour de sa scierie, un tas de grumes (troncs d'arbres) numérotés attend d'être chargé dans des containers. Deux cents à trois cents mètres cubes, ce qui représente entre quinze et vingt jours d'activité de l'entreprise, explique le patron. Ce bois a été acheté dans la forêt publique, et il va être revendu brut, sans avoir été transformé, à un acheteur chinois.

Le patron de cette scierie est dans l'illégalité : depuis 2015, pour éviter que les forêts de chênes françaises (du moins, celles appartenant à l'Etat) soient décimées par les exportations, notamment vers l'Asie, un label a été mis en place par l'Office national des forêts. Baptisé Transformation UE, il réserve la vente de ces chênes labellisés aux acheteurs européens. Dans les faits, ce sont souvent des scieries françaises qui en profitent. Les exportateurs ne peuvent pas les acheter, car pour pouvoir vendre le bois hors d'Europe, il faut qu'il soit préalablement transformé – en parquet, par exemple.

Pourquoi contourner un label mis en place pour protéger son activité ?

Pourquoi ce propriétaire se met-il en infraction, alors que le label est destiné à lui garantir un accès à la matière première, donc à protéger son activité ? Et que lui-même trouve dommage, et même "inacceptable" que ces chênes partent en Asie...

"Ça a poussé dans nos forêts, ç'a été payé par nos impôts sur des générations cumulées, et voir qu'aujourd'hui, le libéralisme nous met face à une concurrence exacerbée et déloyale avec des pays à bas coût de main-d'œuvre, c'est abject."

Le patron d'une scierie, qui témoigne anonymement

dans "Envoyé spécial"

A visage caché, il a accepté de répondre aux questions d'"Envoyé spécial". Ses motivations sont, on s'en doute, d'ordre économique : la transformation de ce bois dans sa scierie lui ferait perdre de l'argent, explique-t-il. Au contraire, la vente de ce lot de grumes à la Chine, bien qu'illégal, lui rapporterait 15 000 euros. Le système du libéralisme mondialisé qui le met en concurrence avec des pays où la main-d'œuvre coûte moins cher ne lui laisse pas le choix, affirme-t-il. Selon lui, il y va de l'avenir de son entreprise.

Extrait de "Forêt : la gueule de bois", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 27 janvier 2022.

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