Sécheresse : "L'état des nappes phréatiques est très inquiétant", alerte une hydrogéologue

La sécheresse sévit en France alors qu'un nouvel épisode de canicule frappe le territoire.

La rive d\'un étang asséché à Villars-les-Dombes (Ain), dans le centre-est de la France. 
La rive d'un étang asséché à Villars-les-Dombes (Ain), dans le centre-est de la France.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

La sécheresse est de retour en France. Et pour ne rien arranger, une vague de forte chaleur s'abat en même temps sur le territoire : 80 départements sont en alerte canicule, 73 se sont vu imposer des mesures de restrictions d'eau. Malgré l'anticipation des différents services et des agriculteurs, la sécheresse est là. Dans la Loire, c'est même "la troisième année la plus grave de ces derniers 150 ans", juste derrière 1870 et 1949.

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En cause ? Les réserves en eau. Les niveaux des nappes phréatiques sont "globalement très inférieurs à ceux de l'année dernière à la même époque", alerte le bureau des recherches géologiques et minières sur son site. Franceinfo a interrogé Aude Vincent, hydrogéologue à Bordeaux, pour en savoir plus. 

Franceinfo : Quel était l'état des nappes phréatiques à l'arrivée de la sécheresse ?

Aude Vincent : L'état des nappes est très inquiétant. L'équilibre se fait dans l'année. Or, pendant l'automne et l'hiver dernier, les précipitations étaient en dessous. Donc, les nappes ne sont pas au niveau normal. Cela arrive que la tendance s'inverse au printemps, mais cette année, ça n'a pas été le cas. 

Quelles sont les solutions à mettre en place pour limiter l'aggravation de l'état des sols ?

Une des choses essentielles à faire, c’est de prendre des mesures en amont. Les mesures de restriction, c'est de l'anticipation. C'est justement pour ne pas qu'on aille prendre dans les réserves encore plus anciennes. A l'heure actuelle, on pourrait pomper plus et consommer comme d'habitude, mais ce serait faire un pari risqué sur la météo des prochains mois et risquer que les nappes ne se rechargent pas, ou pas correctement. 

Quels sont les conséquences de cette sécheresse et du fait de pomper les nappes souterraines pour la contrer ?

Le souci, c'est de savoir équilibrer notre consommation avec les ressources que l'on a et cela pose notamment le problème des intrusions marines. Aux abords des côtes, si on pompe trop dans les nappes phréatiques, leur niveau descend, la mer s'y infiltre et l'eau devient saumâtre. Le cas de la plaine de Crau en Camargue est très surveillé, car il y a eu des intrusions marines repérées en 2018. 

Cela pose donc deux problèmes. Le premier, c'est qu'il n'est plus possible de boire cette eau. Le second, les sols se "salinisent" et donc, l'agriculture ne peut plus être pratiquée de la même manière. Certaines cultures sont possibles avec de l'eau saumâtre, mais en France, ce n'est pas la majorité des cas. 

Est-ce que dans l'immédiat, la pluie pourrait améliorer l'état des sols ?

Cela dépend de la quantité de pluie qui arrive et de comment elle est répartie dans le temps. Si les pluies sont fortes et rapides, comme les sols sont très secs, l'eau va ruisseler. Une toute petite partie va être absorbée, mais ça ne suffira pas pour recharger les nappes souterraines. Surtout, avec le phénomène de canicule, l'eau va s'évaporer au maximum, donc les pluies repartent dans l'atmosphère. Les pluies qui rechargent le mieux les ressources souterraines sont celles du printemps et de l'automne, car les températures sont relativement basses et l'eau pénètre mieux le sol.