Sécheresse en France : "La situation pourrait s'aggraver avec les canicules à venir", estime l'hydrologue Emma Haziza

Alors que la sécheresse s'installe en France ces derniers jours, l'hydrologue Emma Haziza estime mercredi sur franceinfo que "la ressource en eau en soi devient aujourd'hui un vrai problème en France" et redoute une aggravation de la situation "avec les canicules à venir". 

Pour l\'hydrologue Emma Haziza, \"la ressource en eau en soi devient aujourd\'hui un vrai problème en France\". Photo d\'illustration
Pour l'hydrologue Emma Haziza, "la ressource en eau en soi devient aujourd'hui un vrai problème en France". Photo d'illustration (NICOLAS BLANZAT / FRANCE-BLEU LIMOUSIN)

"La situation pourrait s'aggraver avec les canicules à venir", a affirmé mercredi sur franceinfo Emma Haziza, hydrologue, spécialiste de l’adaptation face au changement climatique et présidente-fondatrice du centre de recherche Mayane, alors que la sécheresse s'est installée un peu partout en France ces dernières semaines. Plus d'une cinquantaine de départements sont en alerte. "La répétition année après année est clairement exceptionnelle", souligne Emma Haziza. Il y a donc "un travail à faire en matière d'adaptation sur la ressource en eau", car "la ressource en eau en soi devient aujourd'hui un vrai problème en France".

franceinfo : Qu'est-ce qu'on appelle sécheresse ? Qu'est-ce qui déclenche le seuil d'alerte ?

Emma Haziza : On a en fait trois niveaux de sécheresse différents. On a ce qu'on appelle la sécheresse météorologique. C'est tout simplement un déficit de pluie. C'est ce que l'on a connu pendant la période de confinement en France, et notamment durant le mois de juillet, puisqu'on a été jusqu'à à peu près moins 70% en moyenne de pluie durant le mois de juillet. Ensuite, on a la sécheresse agricole, c'est-à-dire la sécheresse des sols où il va y avoir une réduction de l'humidité dans les sols, beaucoup plus d'évaporation. En général le premier dommage que l'on recense, c'est sur les agriculteurs puisque ce sont des sols qui sont complètement secs. Et enfin, on a un troisième niveau qui est la sécheresse hydrologique qui va atteindre des niveaux plus profonds, des nappes souterraines, ou bien des rivières que l'on va retrouver quasiment à sec sur certaines parties de la France.

On est dans quel type de sécheresse actuellement ?

Dans les trois. Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu de pluie. On a vraiment des sols qui sont extrêmement secs, avec en plus des vents qui sont venus assécher ces sols en certaines périodes. Et puis, on a en plus des cours d'eau qui, au fur et à mesure des années, se tarissent.

On n'est pas sur une première année de sécheresse, mais c'est bien la quatrième qui bat des records. Donc les nappes souterraines sont extrêmement fragiles.Emma Hazizaà franceinfo

Et plus vous les sollicitez d'année en année, moins elles ont tendance à se renouveler. Et donc c'est bien la ressource en eau en soi qui devient aujourd'hui un vrai problème en France.

Est-ce qu'il y a aujourd'hui en France des nappes phréatiques complètement à sec ?

On a en fait des nappes qui se tarissent. Il y a toujours une relation qui se produit entre les milieux superficiels et le milieu souterrain. Ce ne sont pas des milieux qui sont clos. En général, quand vous voyez de l'eau dans une rivière, c'est l'eau qui vient de la nappe qui réalimente, dans ces périodes où il n'y a pas de pluie, les rivières de France. Le problème, c'est quand il n'y a plus d'eau dans les rivières, la nappe elle-même n'a plus d'eau dans ses milieux souterrains. Donc effectivement, il y a certaines zones qui sont vraiment problématiques.

On a quand même eu un très bon hiver sur le plan de la recharge de ces nappes souterraines, bien qu'on ait eu ce non-hiver puisqu'il a fait quasiment chaud tout le temps. Mais il y a eu assez de pluie pour renouveler ces masses d'eau. Le problème, c'est qu'il y a quand même des zones entières qui n'ont pas été renouvelées, notamment dans le Grand Ouest et dans l'axe rhodanien, où là, il y a un déficit qui s'accumule à tous niveaux et qui rend les territoires très vulnérables à différents types de risques. Parce qu'une sécheresse, ce n'est pas uniquement un problème d'alimentation en eau pour les agriculteurs. Ce sont de multiples risques, comme des risques de feux de champs, des risques d'incendie, d'assèchement des sols, des risques aussi sur le plan de la qualité. Il n'y a plus de brassage. Donc il y a de vrais problèmes, notamment avec des pollutions extrêmes aux pesticides, nitrates.

Est-ce que l'ampleur de la sécheresse de cet été est exceptionnelle ?

La répétition année après année est clairement exceptionnelle.

Chaque année, on dépasse un niveau, pensant qu'en fin de compte on n'atteindra pas l'historique de l'année précédente.Emma Hazizaà franceinfo

Sur les années 2018 et 2019, ce sont des phases caniculaires qui ont fait plonger la France dans un nouvel état de sécheresse qui devenait à ce moment-là historique. Cette année, on n'a pas eu de canicule durant tout le mois de juillet. On avait quand même un système qui était déficitaire en eau. Mais là, il faut quand même s'attendre à une situation encore qui pourrait s'aggraver, justement avec ces canicules à venir.

Une carte, publiée par le gouvernement en mai, cherchait à anticiper le risque de sécheresse cet été. Est-ce qu'on peut vraiment anticiper ?

Il y a une différence entre le fait de prévenir et de prévoir sur une carte et le fait de transcrire ça dans des actions réelles sur le territoire. Aujourd'hui, je ne sais pas s'il y a une véritable anticipation. Ce qui est sûr, c'est qu'il reste encore énormément de travail à faire en matière d'adaptation sur la ressource en eau, puisque toutes les maisons ne sont pas complètement adaptées en matière d'économie d'eau. On n'arrive pas, de manière généralisée, à transformer l'agriculture, à transformer tous les milieux industriels pour qu'on réduise cette demande en eau qui est toujours plus importante, et cette sollicitation des nappes qui est toujours plus forte. Il va falloir absolument s'adapter parce qu'on ne peut plus continuer comme on faisait avant.