Sécheresse : "C’est assez rare d’avoir des restrictions d'eau dans autant de départements et aussi tôt dans la saison"

Un nouvel épisode caniculaire arrive en France la semaine prochaine. Guillaume Choisy, directeur général de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, invité de franceinfo, revient sur les importantes restrictions d'eau prévues ce dimanche.

Des vignes victimes de la canicule en région Occitanie, le 4 juillet 2019.
Des vignes victimes de la canicule en région Occitanie, le 4 juillet 2019. (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

73 départements sont concernés par des restrictions d'eau, dimanche 21 juillet, selon le site gouvernemental Propluvia et 26 départements se trouvent en situation de crise.

Guillaume Choisy, le directeur général de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, établissement public qui couvre 26 départements du Grand Sud-Ouest, était invité de franceinfo. Il évoque "des sécheresses d'ordre décennal" et juge ces restrictions "assez rare (...) dans autant de départements et aussi tôt dans la saison".

franceinfo : Ce serait la 7e sécheresse la plus grave depuis 1958 si on se fie à l’indicateur de Météo France cette année-là. Confirmez-vous cette information ?

Guillaume Choisy : Oui je confirme. C’est ce qu’on appelle des sécheresses d’ordre décennal. Il y a quatre niveaux d’alerte, selon les départements et les arrêtés préfectoraux. Ça peut aller de la simple vigilance à une interdiction assez massive de différents usages, mais aujourd’hui on n’en est pas là. Aujourd’hui, on est sur les premiers niveaux d’alerte. Mais on est quand même mi-juillet et c’est assez rare d’en avoir autant dans autant de départements et aussi tôt dans la saison. Par rapport à des prospectives futures, ce sera peut-être une année moyenne si on se projette à 2050 avec les effets du réchauffement climatique.

139 arrêtés préfectoraux sont en cours pour inciter ou obliger les professionnels et particuliers à économiser l’eau. Comment s'effectuent les contrôles ?

Ça arrive que les agriculteurs ou les citoyens soient verbalisés. La police de l’environnement vient d’être renforcée, elle a été fusionnée dans l’Office français de la biodiversité, en fusionnant l’Office de l’eau et de la biodiversité et l’Office de la chasse. La mission première de cet organisme est une mission de police avec des agents qui sont assermentés pour pouvoir verbaliser un agriculteur qui ne respecterait pas les horaires d’irrigation, un citoyen qui remplirait sa piscine alors que ce n’est pas le moment ou pas autorisé par l’arrêté préfectoral. Je pense qu’aujourd’hui l’ensemble des usages de l’eau sont nécessaires. Malheureusement dans une perspective d’avenir, les besoins entre la ressource et ce que l’on a de disponible et ce qu’on utilise risquent de ne plus être en adéquation, cela fait des conflits d’usage. Il va falloir adapter ces usages pas plus chez les citoyens que cgez les agriculteurs, mais ils en sont les premières victimes. On suit 600 exploitations expérimentales sur le bassin Adour-Garonne qui ont déjà fait des choix d’évolution de pratiques, de cultures et on économise chaque année 15 millions de mètres cubes, c’est-à-dire 15 % de ce qu’ils utilisaient par le passé. Parfois on cible le maïs, ça représente 25 % des sols irrigués sur le territoire Adour-Garonne alors que c’était encore majoritaire il y a dix ans. On observe que ça a énormément évolué. C’est probablement une pratique nécessaire avec des plantes plus résilientes à l’eau et moins consommatrice d’eau.

En novembre, plus de la moitié des nappes d’eau souterraines en France affichaient un niveau bas voire très bas à cause notamment d’un cumul plus faible sur l’ensemble de l’année 2018. Quelle est leur situation aujourd’hui ?

Les réserves de surface ont eu du mal à se remplir cet hiver parce qu’il y a eu peu de neige et peu de précipitation. Les réserves de nappes souterraines profondes étaient, elles, plutôt bien remplies parce que l’hiver précédent avait été conséquent en eau. Le problème, c’est qu'à l’avenir l’accumulation d’années comme ça risque de poser des difficultés de remplissage des réserves d’eau souterraines, mais pas seulement. On va voir aussi une diminution plus importante des débits des rivières l’été et des périodes de sécheresse qui ont être de plus en plus longues. C’est ce qu’on constate déjà sur un certain nombre de départements et le Sud-Ouest est probablement le territoire le plus touché par le réchauffement climatique perpétuel. On a des départements où on constate une baisse des débits des rivières par exemple de 30 %.