Paris : un marché éphémère de producteurs pour défendre des fruits et légumes sans pesticides et au juste prix

Le Modef organise mercredi sa traditionnelle vente "au juste prix" de fruits et légumes, notamment à Paris. Pour son vice-président, Raymond Girardi, il s'agit de dénoncer la concurrence déloyale des autres pays, qui n'ont pas les mêmes règles concernant les pesticides.

La vente directe de fruits et légumes organisée par le Modef place de la Bastille à Paris, ici en 2017.
La vente directe de fruits et légumes organisée par le Modef place de la Bastille à Paris, ici en 2017. (BERTRAND GUAY / AFP)
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Les produits importés posent "un problème de santé publique pour les consommateurs", affirme Raymond Girardi, agriculteur et vice-président national du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), interrogé mercredi 22 août sur franceinfo. Le syndicat organise ce jour des marchés éphémères place de la Bastille à Paris et dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine. Plusieurs tonnes de fruits et de légumes sont mises en vente avec un but : dénoncer "la concurrence déloyale" des produits importés.

franceinfo : Vous parlez de vente au juste prix, c'est-à-dire ?

Raymond Girardi : L'idée du juste prix, c'est de faire la démonstration de ce qui devrait être le prix pratiqué partout en Ile-de-France, de ce que l'on peut trouver sur l'étalage. Prenons par exemple les tomates, qui sont un produit de grande consommation, que l'on vend 1,7 euro le kilo. Dans ce prix, il y a la juste rémunération des agriculteurs, environ 1 euro et le reste c'est la marge normale de la grande distribution. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, puisque ces tomates se trouvent en catégorie premier choix plutôt autour de 3 euros que de 1,7 euro. C'est ce que l'on considère comme le juste prix et c'est l'occasion de faire la promotion des fruits et légumes de France, de dire aux consommateurs qu'ils ont intérêt à acheter des fruits et légumes de France, parce que c'est là qu'il y a la meilleure garantie au niveau des produits.

Est-ce la priorité pour vous de lutter contre les importations ?

Oui, actuellement les producteurs français ne couvrent que 60% des besoins, donc on importe 40%. Le problème que posent ces importations c'est que nous, producteurs français, nous avons une réglementation extrêmement stricte en matière d'utilisation de produits chimiques, ce que l'on appelle les pesticides. Alors que tout le monde sait que tous les pays n'ont pas la même réglementation et utilisent ces produits chimiques interdits. Donc cela fait une concurrence déloyale pour les producteurs français et pose un problème de santé publique pour les consommateurs. Ces produits sont dangereux quand ils sont utilisés en France, il n'y a pas de raison que cela ne le soit pas pour des produits importés. On demande au gouvernement de sanctionner les importations qui sont soupçonnées d'utiliser des matières interdites en France.

La France va-t-elle trop vite sur les interdictions de pesticides, selon vous ?

Nous sommes favorables à la mise en place de l'agriculture raisonnée, voire bio, pour limiter au maximum l'utilisation des produits chimiques. Ceci dit, c'est très compliqué de s'appliquer ces règles localement, en France et que le reste du monde continue de les utiliser. À un moment donné, il faut que l'État français négocie au niveau international, pour que les mêmes règles et les mêmes pratiques soient réparties sur l'ensemble de la planète. Que la France ne soit pas un îlot vertueux et que le reste de la planète continue d'utiliser des pesticides parce qu'en fait, c'est l'agriculture française qui va en pâtir, et les consommateurs français. C'est bien que la France soit leader en matière d'utilisation des produits chimiques dans l'agriculture et ailleurs, mais on ne peut pas s'isoler du reste du monde, sinon on se pénalise et la production française va continuer de baisser. Et au lieu d'être à 40% [d'importations] dans 10 ans on sera à 50% et se posera le problème lié à la santé par rapport aux importations. Donc il faut régler le problème aujourd'hui. Que l'État français fasse des efforts, que nous producteurs français, on fasse des efforts, mais que le même cadre de réglementation soit mondialisé. Au moins au niveau de l'Union européenne puis au niveau international. Sinon il n'y a pas d'issue possible.