"Les lobbies, nous en avons besoin", assure l'ancien ministre Benoist Apparu

L'ancien ministre du Logement estime que les lobbies sont importants, soulignant qu'une "décision publique qui n'est pas partagée par les professionnels du secteur" est une "mauvaise chose".

Benoist Apparu, ancien ministre LR du Logement, sur franceinfo.
Benoist Apparu, ancien ministre LR du Logement, sur franceinfo. (Jean-Christophe Bourdillat / Radio France)

"Les lobbies, nous en avons besoin", a déclaré sur franceinfo dimanche 9 septembre sur franceinfo Benoist Apparu, ancien ministre du Logement et maire de Châlons-en-Champagne, dans la Marne. "Les ONG sont des lobbyistes, les syndicats sont du lobbyisme, chaque profession est un lobbyiste. Arrêtons de vouloir en permanence en France tout et son contraire et stigmatiser les choses." Benoist Apparu a réagi alors que Nicolas Hulot avait notamment avancé le poids de certains lobbies pour expliquer sa démission.

franceinfo : Lorsque vous étiez ministre, avez-vous eu le sentiment de ne pas pouvoir mettre en place certaines mesures à cause des lobbies ou à cause de la ligne politique d'un gouvernement, ces choses dont Nicolas Hulot a parlé au moment de démissionner ?

Benoist Apparu : Je ne crois pas à cette théorie des lobbies 'grands méchants'. Que reproche-t-on souvent aux politiques ? De ne pas être assez proches du quotidien de nos concitoyens, de ne pas faire de consultation quand on prend une décision. Quand vous consultez, vous consultez qui ? Les professionnels du secteur. Si le ministre de l'Agriculture ne consulte pas les agriculteurs, tout le monde va 'gueuler' en disant qu'il a pris une décision seule et quand on consulte, on nous parle de lobby. A un moment, un minimum de cohérence intellectuelle entre les uns et les autres serait bien. Les lobbies, nous en avons besoin parce qu'une décision publique qui n'est pas partagée par les professionnels du secteur, c'est une mauvaise chose. La question, c'est 'est-ce que le ministre garde une autonomie de décision après la consultation ?', pour ne pas être prisonnier de différents corps intermédiaires. Mais quand une ONG défend ses solutions 'anti-je ne sais pas quoi' pour lutter contre le changement climatique qu'est-ce qu'elle fait ? Du lobbying et elle a raison de faire ce lobby-là. Les ONG sont des lobbyistes, les syndicats sont du lobbyisme, chaque profession est un lobbyiste. Arrêtons de de vouloir en permanence en France tout et son contraire et stigmatiser les choses.

Il y a un an vous lanciez le projet "Planet A" avec l'idée de créer un institut de hautes études agricoles, où en êtes-vous ?

"Planet A", c'est l'institut des hautes études de l'agriculture mais c'est aussi un forum international, 400 participants en juin dernier, représentant 32 pays différents avec un objectif : se dire que dans les 30 ans qui viennent il y a trois enjeux planétaires. Comment est-ce qu'on nourrit 10 milliards de personnes alors qu'on n'arrive pas aujourd'hui à en nourrir sept ? Comment est-ce qu'on nourrit ces 10 milliards tout en préservant nos ressources, le sol, l'eau et la biodiversité ? Et puis, comment on assure le changement climatique. Notre conviction, c'est que l'agriculture est une réponse à ces trois enjeux. Ce qu'on essaye donc de faire, c'est un forum international avec des compositions diverses pour faire parler les ONG, les agriculteurs, le monde financier, bancaire, industriel et que tous ces acteurs-là se retrouvent pendant deux jours pour échanger sur les bonnes pratiques, regarder les bonnes idées et trouver des solutions concrètes et transposables dans l'ensemble des pays de la planète pour répondre à ces enjeux. L'institut est un prolongement de ce forum avec un format différent : deux jours par mois, pendant une année pour que 70 personnes, qui viennent des mêmes univers, puissent ensemble trouver des solutions aux trois enjeux évoqués.

Que vous inspire le succès de la marche mondiale pour le climat qui a eu lieu samedi dans de nombreuses villes en France ? Les citoyens sont-ils en train de reprendre la main sur le monde politique ?

Non. Là encore, n'essayons pas d'opposer les uns et les autres, on a besoin de tout le monde. On a besoin de décisions publiques. Mais ces décisions publiques, politiques, si elles ne sont pas partagées ou comprises par la population, ça ne marche pas. A l'inverse, si vous avez une démarche citoyenne et que les politiques n'embrayent pas derrière, ça ne marche pas non plus. Il n'y a pas les politiques qui sont des grands méchants et les citoyens qui sont des grands gentils, ou l'inverse. On a besoin que les politiques, indispensables pour les 50 ans qui viennent, se mettent en place.