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"En cas de suspicion, il faut prévenir dès que possible les services de l'Etat" : un nouveau virus menace les plantations de tomates et préoccupe les autorités

Le Pr Philippe Reignault redoute sur franceinfo que ce virus, qui a déjà emergé dans des pays limitrophes à la France, ne gagne l'Hexagone. S'il ne représente aucun danger pour l'homme, il rend les tomates incommercialisables.

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Radio France
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Illustration. Le "tomato brown rugose fruit virus" déforme les feuilles, tâche les fleurs et rend les fruits inconsommables.  (MAISANT LUDOVIC / HEMIS.FR / HEMIS.FR)

Alerte sur les tomates : le légume le plus consommé par les Français est menacé par une nouvelle maladie, pour laquelle il n'existe à ce jour aucun traitement. Apparu pour la toute première fois en 2014 au Moyen-Orient, ce "tomato brown rugose fruit virus" (TOBRFV) rend les tomates incommercialisables. Il n'existe pour le moment aucun traitement. Le professeur Philippe Reignault, directeur de la santé des végétaux à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, s'inquiète mardi 4 février sur franceinfo du risque, élevé selon lui, que le virus se propage dans les cultures françaises.

franceinfo : Quelle est l'origine de ce virus ?

Pr Philippe Reignault : Ce virus est tout à fait nouveau dans le paysage sanitaire des végétaux. Jusqu'à 2014, il était inconnu. Il est apparu en 2014 au Moyen-Orient, en Israël et en Jordanie. Les choses se sont accélérées en 2018, avec des apparitions sur le continent américain, avec des apparitions en Europe. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, l'alerte est relativement importante puisqu’un certain nombre de pays limitrophes à la France sont concernés par des foyers d'émergence de ce virus.

Faut-il s'attendre à ce qu'il débarque en France ?

Le risque est élevé, avec une incertitude relativement modérée. La campagne à venir de la culture de tomates, effectivement, doit être l'objet de toutes les précautions.

Y a-t-il un danger pour l'homme ?

Absolument aucun. Effectivement, il faut clarifier les choses. Le virus n'est pas transmissible ni aux animaux, ni aux humains. On ne risque rien à consommer éventuellement des tomates qui seraient contaminées. Les symptômes qu'on peut observer sur les plantes sont assez variés, assez généraux :on va observer des symptômes sur les feuilles, des altérations de la couleur avec des plages jaunes, des plages vertes, ce qu'on appelle des marbrures, des mosaïques. On va observer également des taches sombres au niveau des pièces florales qui sont associées aux fleurs, à la formation des fruits. Et les fruits, bien sûr, qui sont touchés. La tomate, le légume dont le nombre va diminuer, dont la taille va diminuer avec une maturation très perturbée et un aspect rugueux en surface qui est assez caractéristique. Ces fruits de tomate, ces légumes n'ont absolument aucun intérêt en termes de consommation : ils sont irréguliers, leur maturation ne s'est pas bien faite, la qualité de la chair sera altérée et le fruit sera absolument incommercialisable.

Comment se transmet ce virus ?

C'est l'un de ses aspects redoutables. Ce virus-là se transmet extrêmement facilement, par simple contact physique entre deux plantes. Par exemple, la feuille de la plante malade provoquera une micro blessure invisible à l'œil nu sur la plante saine et suffira à la transmission du virus. Ce virus est vraiment très, très préoccupant parce qu'en plus, il est capable de résister plusieurs semaines, plusieurs mois à l'air libre. Donc, vous le laisser dans le sol, vous laisser à la surface d'un outil contaminé, d'un vêtement contaminé pendant plusieurs semaines, pendant plusieurs mois, il va garder son caractère infectieux.

Comment protéger son potager ?

Aujourd'hui, ce que l'on fait pour se protéger, c'est d'abord observer son jardin. Être particulièrement vigilant sur l'apparence éventuelle de symptômes. Il y a un niveau de difficulté supplémentaire qui est que les symptômes observés, surtout si on n'est pas un professionnel, ne sont pas forcément caractéristiques. Les symptômes peuvent varier en fonction des conditions environnementales, et en fonction de la variété de tomate. Il faut être vigilant : si jamais on a des suspicions, si on se pose des questions sur l'existence de symptômes, il faut prévenir absolument dès que possible les services de l'État, les Fredon, de façon à ce que soit mise en œuvre, c'est ce que préconise l'Anses, des mesures d'éradication le plus rapidement possible, de façon à éviter la propagation de ces foyers. Il faut les arracher, les brûler, les détruire.

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