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Emmanuel Macron au Salon de l'Agriculture : "Un beau discours... en contradiction" avec la situation en Europe

"Il va falloir qu'on m'explique comment on peut faire mieux avec moins", a insisté le député européen. 

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Radio France
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José Bové, député européen le 19 décembre 2017 en Espagne. (PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP)

Lors de son discours d'inauguration du salon de l'Agriculture, Emmanuel Macron  a appelé à "réinventer" la politique agricole commune afin d'assurer la "souveraineté alimentaire environnementale et industrielle". C'est "un beau discours, plein de belles paroles", mais qui est éloigné de la politique actuellement menée par l'Union Européenne a estimé samedi 23 février sur franceinfo le député européen, José Bové.

franceinfo : Que pensez-vous du discours d'Emmanuel Macron lors de l'inauguration du Salon de l'Agriculture ?

José Bové : J'ai entendu un beau discours, plein de belles paroles mais qui sont complètement en contradiction avec ce qui est en train de se passer en Europe. Avec, notamment, la réforme de la politique agricole commune telle qu'elle a été proposée par le commissaire Hogan. Aujourd'hui, l'objectif, c'est renationaliser les politiques, c’est-à-dire que chaque pays fera la politique qu'il veut, avec des objectifs qui devront être contrôlés par l'Union européenne. Donc il n'y a pas de projet global. Emmanuel Macron ne l'a pas dit et il devrait le dire, c'est que les aides directes, les aides à l'hectare vont diminuer en moyenne de 12 % si c'est dans le cadre du budget tel qu'il est aujourd'hui. On prévoit de baisser les aides environnementales de 25 %. Il va falloir qu'on m'explique comment on peut faire mieux avec moins. On va prélever une partie de ces aides environnementales pour obliger les agriculteurs à avoir des assurances.

Selon vous, le discours du président de la République ne répond pas aux difficultés concrètes des agriculteurs ?

Comment reprendre par exemple une filière à protéine végétale en Europe ? Il n'y a pas un mot dans la PAC [politique agricole commune] pour pouvoir effectivement reconstruire cela. On ne parle pas de rotation de cultures. Donc on n'a pas de politique agricole. On s'est battus au Parlement européen, tous les groupes politiques ont dit qu'il n'était pas question qu'on vote cette politique agricole avant les élections [européennes] parce que le débat sur l'agriculture sur la politique agricole et l'environnement c'est le débat des élections européennes. On a bien vu comment la Commission a essayé de passer en force pour que tout soit fait avant les élections. Ce n'est pas normal alors qu'on n'a aucune connaissance du budget puisque le budget global de l'Union européenne ne sera décidé qu'à l'automne. Le débat doit avoir lieu pendant la campagne électorale.

Selon Emmanuel Macron, les agriculteurs doivent devenir les premiers militants de la transition écologique. Qu'en pensez-vous ?

Je pense que c'est une évidence. Maintenant comment le met-on en œuvre ? Comment valorise-t-on la possibilité de renforcer le passage à l'agriculture biologique dans le cadre de l'installation. Il faut aussi maîtriser le foncier, qu'on arrête l'agrandissement des exploitations, ça ce n'est pas du domaine européen, c'est du domaine national. On a des armes, on a des moyens. Sortir des pesticides c'est quelque chose qui est possible. On a parlé de la viticulture, à juste titre, c'est aujourd'hui un des domaines où l'agriculture biologique se développe de la manière la plus large. C'est là aussi où il y a le plus de paysans qui ont été malades. Là il y a de vrais enjeux. Il faut permettre aux paysans de retrouver une dignité en faisant un métier qui n'est pas simplement des recettes qu'on applique telles que les firmes agro-chimiques vous les proposent.

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