Demande de protection pour une journaliste bretonne : Reporters sans frontières dénonce des "menaces graves"

L'association Reporters sans frontières a fait une demande de protection policière pour Morgan Large, qui a enquêté sur l'industrie agro-industrie en Bretagne. 

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Radio France
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La journaliste Morgan Large lors d'un rassemblement en son soutien, en avril 2021 (SAMUEL UGUEN / MAXPPP)

"Les menaces" envers la journaliste Morgan Large "sont suffisamment graves pour demander cette démarche exceptionnelle de demande de protection", a expliqué mercredi sur franceinfo Pauline Adès-Mével, porte-parole et rédactrice en chef de Reporters sans frontières. Elle appelle les élus locaux à "condamner publiquement" les actions de malveillance touchant cette journaliste qui enquête sur l'agro-industrie en Bretagne. Elle a porté plainte après avoir notamment découvert les boulons de sa voiture dévissés. Pour RSF, il ne s'agit pas d'un cas isolé, "les journalistes qui travaillent sur l'agro-industrie en Bretagne ou les lobbies agricoles savent qu'ils peuvent être en difficulté et être intimidés".

Vous êtes persuadée que ce qui a été constaté sur le véhicule de la journaliste Morgan Large n'est pas accidentel ?

En effet, les actes de malveillance auxquels Morgan Large a été confrontée depuis plusieurs semaines ou mois en Bretagne nous ont fait songer que le dernier incident en date, en l'occurrence une affaire de déboulonnage de boulons de sa voiture, n'était pas accidentel et ont justifié le fait que nous portions plainte à ses côtés. Nous demandons aussi une protection policière pour elle, de façon à ce qu'elle soit rassurée et qu'elle puisse continuer à travailler, et qu'il n'y ait pas une recrudescence d'actes d'intimidation à son égard, comme c'est le cas actuellement. 

"C'est une forme de harcèlement. Il y a eu des incidents en série avec des formes diverses, comme des appels anonymes nocturnes à son domicile ou la mise en divagation de ses animaux, la dégradation des portes de la radio pour laquelle elle travaille."

Pauline Adès-Mével

franceinfo

Ce genre de méthodes sont des signes qu'un journaliste interprète comme des menaces, à un certain moment il estime qu'il est en danger, c'est ce qui s'est passé pour Morgan. Nous avons estimé que les menaces étaient suffisamment graves pour enclencher cette démarche exceptionnelle de demande de protection.

Vous estimez que la ligne rouge a été franchie ?

Oui, il y a une ligne rouge qui a été clairement franchie. C'est notre rôle d'accompagner les journalistes et de les aider à mesurer ce qui se passe et à quel moment on peut intervenir pour que ça s'arrête. Je crois que les journalistes qui travaillent sur l'agro-industrie en Bretagne doivent pouvoir travailler dans des conditions normales. Elle n'est pas la seule à avoir senti des pressions, on a parlé en 2020 beaucoup d'Inès Léraud qui travaille sur le même type de sujets avec son livre sur les algues vertes, qui a eu beaucoup de succès. Ce climat d'intimidation est extrêmement toxique. Il faut qu'il cesse, c'est aussi une des raisons pour lesquelles nous avons entamé cette démarche, pour les protéger et faire en sorte qu'ils puissent travailler dans des conditions normales et propices pour de bonnes enquêtes.

RSF appelle les élus locaux à se mobiliser autour de cette journaliste, pourquoi ?

Nous appelons les élus locaux à se mobiliser et à condamner publiquement. Le soutien des personnalités publiques et politiques de la région est très important. Il faut que tout le monde entende et que tous ceux qui ont pu envisager ou commettre des actes de malveillance comprennent que ça doit s'arrêter, que ce n'est pas tolérable et qu'elle est soutenue. C'est très important pour elle et pour les autres journalistes. Ceux qui travaillent sur l'agro-industrie en Bretagne ou les lobbies agricoles savent qu'ils peuvent être en difficulté et être intimidés. L'idée est aussi de les fédérer, de les amener aussi à parler plus et de leur montrer qu'ils peuvent être accompagnés et soutenus. Ce qui se passe n'est pas symptomatique de la Bretagne, il y a d'autres régions où des journalistes connaissent des difficultés similaires sur l'agro-industrie et peut-être sur d'autres sujets. Et donc, il faut éviter que se propage ce type de d'intimidation et un climat extrêmement toxique. Nous contribuons à notre mesure à faire parler ce phénomène ailleurs en France. Je suis certaine que d'autres journalistes se reconnaîtront et viendront vers nous ou vers la justice quand ils en auront besoin.

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