La loi agriculture et alimentation "a été complètement vidée de son sens", déplore la Confédération paysanne

Le porte-parole du syndicat agricole a estimé, samedi sur franceinfo, que "dans les négociations commerciales, l'État ne s'est pas imposé" pour défendre les agriculteurs.

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, en juillet 2017.
Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, en juillet 2017. (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

La loi agriculture et alimentation a été "complètement vidée de son sens", dénonce Laurent Pinatel, porte-parole de la confédération paysanne, samedi 26 mai sur franceinfo. Selon lui, l'Etat ne s'est pas "imposé en arbitre" dans les négociations commerciales entre producteurs, transformateurs et grande distribution. "Le rapport de forces est déséquilibré", estime-t-il. La loi "pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable" est examinée depuis mardi par les députés.

franceinfo : Mercredi, vous avez manifesté contre "l'enfumage de la loi", expliquez-nous pourquoi ?

Laurent Pinatel : La loi partait d'un constat relativement partagé dans le monde agricole, c'est-à-dire qu'il y a un manque de revenus criant chez les producteurs, qu'il y a des excès de marges dans la grande distribution et de la transformation, et qu'il fallait répartir tout ça. Le constat est intéressant. Le problème c'est que cette loi a été complètement vidée de son sens après son passage au ministère de l'Agriculture.

Selon vous, le texte actuel ne permet pas aux agriculteurs d'imposer leurs intérêts face aux géants de la distribution ou de l'agroalimentaire ?

En effet. Deux exemples : Emmanuel Macron nous avait promis une inversion de la composition du prix, c'est-à-dire qu'on allait partir du coût de revient du producteur et qu'ensuite chacun prendrait sa marge. Et là, dans la loi, on nous dit que le coût de revient des producteurs sera effectivement pris en compte, mais aussi les indicateurs de marché. En clair : une entreprise qui est incapable de valoriser son lait ou de créer de la valeur ajoutée pourra répercuter sur le producteur. C'est embêtant ! Et deuxième chose : dans les négociations commerciales, l'Etat ne s'est pas imposé en arbitre. On va mettre autour de la table des producteurs et des transformateurs.

Vous réclamez un arbitrage public ?

Oui, on ne peut pas imaginer, avec le rapport de forces qui est actuellement en place, c'est-à-dire une grande transformation surpuissante et des producteurs complètement atomisées, que cela reste en l'état. Et pourtant, on en est toujours là, avec ce rapport de forces déséquilibré. (...) Cette loi, elle est loupée. Une loi avec 2 000 amendements déposés, cela veut bien dire qu'au départ elle est complètement nulle ! Le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert n'a pas fait son travail correctement en proposant cette loi. Pourquoi ? Soit parce qu'il est incompétent dans ce domaine, ce que je ne crois pas. Soit parce qu'il est sous la pression des lobbys. Nous, on pense que le ministère de l'Agriculture est noyauté par le lobby de l'agro-alimentaire.