Suspicion de la présence d'antibiotiques dans du lait en Bretagne : "On doit appliquer le principe de précaution"

Un éleveur des Côtes-d'Armor a porté plainte contre Triskalia qui lui aurait livré par erreur des aliments contenant des antibiotiques qui auraient rendu ses bovins malades et contaminé leur lait.

La coopérative agricole Triskalia mise en cause par un éleveur des Côtes d\'Armor suite à une erreur de livraison.
La coopérative agricole Triskalia mise en cause par un éleveur des Côtes d'Armor suite à une erreur de livraison. (DAVID ADEMAS / MAXPPP)

"On veut que toute la lumière soit faite dans cette affaire, c'est pourquoi nous avons déposé plainte", a déclaré jeudi 30 août sur franceinfo maître François Lafforgue, l'avocat de Christophe Thomas. Cet éleveur de Moustéru dans les Côtes-d'Armor a porté plainte contre la coopérative Triskalia - son fournisseur - après la contamination selon lui de son lait à la suite d'une erreur de livraison. "On a neuf infractions qui sont visées", précise l'avocat avant d'ajouter : "On a des interrogations, pour le moment il n'y a pas eu de réponse. On demande que des investigations soient menées [...] On doit appliquer le principe de précaution dans cette affaire."

franceinfo : Est-ce que votre client estime avoir été trompé par son fournisseur ?

Me François Lafforgue : Exactement. Triskalia a livré à monsieur Thomas non pas un aliment pour bovins mais un aliment pour bovins contaminé par un aliment pour lapins qui contenait des antibiotiques. Au-delà de cette livraison non conforme, il y a le comportement de Triskalia - après la livraison - qui a caché manifestement la gravité de la situation en estimant notamment qu'il n'y avait pas de suite à donner à cette affaire et que tout allait bien. Or, monsieur Thomas [en faisant analyser les produits reçus] s'est rendu compte ensuite qu'il n'y avait pas moins de six antibiotiques différents qui étaient dans cet aliment contaminé et ça a eu de graves conséquences pour son cheptel.

Triskalia affirme que de nombreuses mesures ont été prises après cette affaire - analyses mais aussi aides pour l'éleveur pour le lait non commercialisé - pour vous ça ne suffit pas ?

Rien de tout cela n'a été fait ou de façon particulièrement insatisfaisante et insuffisante, puisque Triskalia a simplement gelé la collecte pendant deux jours avant de reprendre la collecte du lait sans qu'on sache s'il est dangereux pour la consommation humaine. A part une fenêtre de deux-trois jours, ce lait a été commercialisé. Il n'y a pas moins de 180 000 litres de lait qui ont été commercialisés. On peut s'interroger : est-ce que ce lait contient des antibiotiques ou pas ? Ils ont fait une analyse du lait sur un antibiotique qui n'est pas détectable dans le lait donc bien évidemment ils ne l'ont pas trouvé. Ce sont des antibiotiques pour lapins donc c'est une situation particulièrement nouvelle, donc on doit appliquer le principe de précaution dans cette affaire. Que l'état de santé des bovins de l'exploitation de monsieur Thomas se soit particulièrement dégradé, c'est une alerte. On doit prendre toutes les mesures pour éviter que les produits puissent se retrouver sur le marché. De son côté, mon client - après avoir fait lui-même ses analyses en juin - a alerté les autorités sanitaires, en l'occurrence la Direction départementale de la protection des populations (DDPP).

Quels effets ont eu ces antibiotiques sur les bovins de Christophe Thomas ?

Ce sont des effets sur la flore intestinale et quand vous atteignez cette zone chez un bovin, vous réduisez considérablement ses défenses. Donc, toutes les maladies qui n'apparaîtraient pas auparavant, apparaissent. Aujourd'hui, il en est à 17 ou 20 bêtes qui sont à tel point malades que certaines ont dû être euthanasiées et d'autres ont subi des avortements. On veut que toute la lumière soit faite dans cette affaire, c'est pourquoi nous avons déposé plainte. On a neuf infractions qui sont visées. On a des interrogations, pour le moment il n'y a pas eu de réponse. On demande que des investigations soient menées. Pourquoi Triskalia a rassuré monsieur Thomas de cette façon sans dire qu'il y avait six antibiotiques dans les aliments ? Pourquoi Triskalia a caché la situation finalement à monsieur Thomas ? Quelles sont les conséquences en termes de consommation du lait et sur le cheptel de mon client ? On demande à ce que d'autres éleveurs qui connaîtraient la même situation se rapprochent de monsieur Thomas. On exige des réponses et on les attend de la justice pénale.