Affaire du chlordécone aux Antilles : le parquet de Paris demande un non-lieu

Le chlordécone est un insecticide qui a été massivement utilisé depuis les années 1970 dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique. Il est notamment accusé d'être responsable de nombreux cancers.

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Lors d'une manifestation, le 28 mai 2022, lancée par plusieurs associations, syndicats et partis politiques de Martinique pour réclamer justice dans l'affaire du chlordécone. (FANNY FONTAN / HANS LUCAS / VI AFP)

Le parquet de Paris a demandé, jeudi 24 novembre, un non-lieu dans l'affaire du chlordécone aux Antilles, a appris vendredi franceinfo auprès du parquet de Paris. Cette annonce était attendue depuis que les juges d'instruction parisiens du pôle de santé publique avaient annoncé fin mars 2022 la clôture de leurs investigations sans avoir procédé à des mises en examen.

>> Cinq questions sur le chlordécone, le pesticide qui a empoisonné les Antilles pour plusieurs siècles

Le chlordécone, un pesticide interdit en France en 1990 mais qui a continué à être autorisé dans les champs de bananes de Martinique et de Guadeloupe par dérogation ministérielle jusqu'en 1993, a provoqué une pollution importante et durable des deux îles.

Une décision "scandaleuse" et "insupportable"

"Le parquet ne tient pas compte de la réalité des faits", indique vendredi à franceinfo, Me Christophe Leguevaques, avocat de plusieurs parties civiles dont l'association Vivre en Guadeloupe, Christophe Leguevaques fait part de sa "colère" "On a l'impression que c'est 'courage, fuyons', que la justice n'avait pas envie d'enquêter."

Alors que le parquet estime que "le caractère mortifère" du chlordécone "n'est pas établi", l'avocat pointe la "méconnaissance" du parquet et assure que "des tas d'études établissent le caractère mortifère". Christophe Leguevaques dénonce une décision "scandaleuse" et "insupportable" notamment pour "les Guadeloupéens et les Martiniquais qui ont l'impression de compter pour rien". L'avocat avoue à présent n'avoir "pas beaucoup d'espoir" que les juges ordonnent un procès.

Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France, et les populations antillaises présentent un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde. Il appartient désormais aux juges d'instruction de rendre leur décision finale dans ce dossier, sur la tenue d'un procès ou non.

"Nous ne sommes pas au bout du combat juridique"

"Je continue à garder l'espoir que l'État de droit répondra à notre souffrance", a lancé vendredi sur franceinfo Me Harry Durimel, maire écologiste de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), et avocat historique des victimes du chlordécone. "Cet empoisonnement de nos sols est désormais dans nos cœurs", affirme Harry Durimel. 

"Nous ne pouvons pas croire que la République française, qui nous a promis liberté, égalité, fraternité, ne soit pas à la hauteur de sa mission constitutionnelle de protéger notre santé."

Me Harry Durimel, avocat et maire écologiste de Pointe-à-Pitre

à franceinfo

L'avocat assure ne pas être "au bout du combat juridique" et fera appel "même si le juge d'instruction prend une ordonnance de non-lieu". Et si la cour d'appel confirme le non-lieu, "nous irons devant la Cour de cassation". Selon lui, "la Cour de cassation a eu l'occasion de rappeler que lorsque les parties civiles ne connaissaient pas les faits dont ils sont atteints, le délai ne court pas. Nous nous prévaudrons de cette jurisprudence".

L'élu réfute la prescription invoquée par le parquet : "On ne peut pas nous dire qu'il est trop tard alors que l'empoisonnement est en cours. L'empoisonnement au chlordécone se situe en dehors de tout temps puisque cela empoisonne nos sols pour sept siècles." Harry Durimel "ne baisse pas les bras. Il n'est pas question qu'on se résigne à ce que l'homme antillais nouveau est un homme chlordéconé. Jamais nous n'accepterons".

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