Une agence locale de Pôle emploi détaille la journée type d'un chômeur efficace et crée la polémique

Pôle emploi déplore "un contenu maladroit" et assure qu'il s'agit de "l'initiative locale d'une agence".

L\'infographie publiée par l\'agence Pôle emploi de Compiègne-Margny (Oise).
L'infographie publiée par l'agence Pôle emploi de Compiègne-Margny (Oise). (FRANCE 3 HAUTS-DE-FRANCE)

"7h45 : on se réveille par une petite séance d'exercice à jeun." Cette consigne n'est pas formulée par un coach sportif mais par une agence locale de Pôle emploi, chargée du suivi des chômeurs. Du réveil à la fin d'après-midi, en passant par la douche et le déjeuner, toute la journée est détaillée. L'infographie publiée sur sa page Facebook par l'agence de Compiègne-Margny, dans l'Oise, est intitulée : "la journée type d'un demandeur d'emploi efficace". Et ses recommandations ont fait polémique, mercredi 24 mai.

L\'infographie publiée par l\'agence Pôle emploi de Compiègne Margny (Oise).
L'infographie publiée par l'agence Pôle emploi de Compiègne Margny (Oise). (FRANCE 3 HAUTS DE FRANCE)

De nombreux internautes ont vivement réagi à la publication de ce message. Ils ont accusé Pôle emploi de "stigmatiser" les chômeurs.

Pôle emploi "ne cautionne pas" et condamne "un contenu maladroit"

Ces critique ont poussé l'agence Pôle emploi de Compiègne-Margny à supprimer son post Facebook et à s'excuser.

Interrogée par franceinfo, la direction nationale de Pôle emploi assure qu'il "ne cautionne pas le contenu de l'infographie" et que cette dernière "n'aurait pas dû être publiée ni associée à Pôle emploi". Elle déplore "un contenu maladroit" et affirme qu'il "n'a pas été produit par Pôle emploi national" et "n'aurait pas dû être publié ni 'logoté' Pôle emploi". Il s'agit, insiste l'organisme, de "l'initiative locale d'une agence" qui y a vu le moyen d'"accompagner au mieux les demandeurs d'emploi". Pôle emploi assure que "le cas va être débriefé".

L'organisme estime que son agence locale s'est "inspirée" d'une infographie assez similaire, réalisée par le site Business Insider (en anglais) et publiée en 2015 par Keljob, et que celle-ci a été "reprise" et adaptée. Une hypothèse également défendue par un journaliste de BuzzFeed.

Les syndicats de Pôle emploi accusent "le tout numérique"

Contactés par franceinfo, des représentants syndicaux de Pôle emploi voient dans cette polémique la conséquence d'une politique mise en œuvre par leur direction. "Cette initiative locale d'une agence Pôle emploi est liée au développement intensif par la direction des applications et outils numériques d'aide à la recherche d'emploi", accuse David Vallaperta, élu CFDT du CCE Pôle emploi. "L'outil en question nous paraît franchement caricatural et ne répond pas à ce que nous revendiquons pour l'amélioration du service public. A savoir : développer des outils facilitant réellement les démarches des demandeurs d'emploi et permettant d'apporter une plus grande valeur ajoutée au travail de diagnostic et d'accompagnement des demandeurs, ce qui est pour nous une des missions essentielles de l'opérateur."

Les agents arrivent à comprendre cette polémique, parce qu'avec cette plaquette on infantilise le demandeur d'emploi. On peut donner des conseils, bien sûr. Mais dans le cadre d'un entretien en vis-à-vis, cela aurait été mille fois plus efficace.Nicole Soulé, déléguée syndicale FO des Hauts-de-Franceà franceinfo

"En disant sans cesse qu'on essaie de personnaliser la recherche d'emploi via des outils numériques, comme le fait la direction de Pôle emploi, on éloigne en réalité les demandeurs d'emploi des agences", abonde Nicole Soulé, déléguée syndicale FO des Hauts-de-France. "On déplore cet éloignement qu'on nous impose : les agences sont fermées l'après-midi, l'accueil n'est plus immédiat et ne peut plus se faire qu'uniquement sur rendez-vous... L'outil numérique pousse les demandeurs d'emploi à tout faire tout seul et créent des inégalités entre ceux qui savent s'en servir et ceux qui ne savent pas et décrochent. On regrette ce tout numérique qui, on le voit, peut très vite dévier vers un grand n'importe quoi."