Trois questions pour comprendre la forte baisse du nombre de chômeurs

Pôle emploi a annoncé mardi le plus fort recul du chômage depuis septembre 2000, avec quelque 60 000 demandeurs d’emploi de catégorie A en moins entre février et mars. Francetv info décrypte ces chiffres.

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, mercredi 24 février 2016, dans un centre Pôle emploi de Saint-Ouen.
La ministre du Travail, Myriam El Khomri, mercredi 24 février 2016, dans un centre Pôle emploi de Saint-Ouen. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Pôle emploi a enregistré une baisse record de 60 000 demandeurs d’emploi de catégorie A entre février et mars, soit la plus forte baisse depuis septembre 2000. Comment interpréter cette embellie sur le front du travail ? Francetv info décrypte ces chiffres annoncés mardi 26 avril.

Qu'est-ce que cela signifie, 60 000 chômeurs de "catégorie A" en moins ?

Comme tous les mois, Pôle emploi a publié ses chiffres du chômage. Et comme tous les mois, malgré une baisse de 60 000 demandeurs d'emploi de catégorie A, les chiffres ont suscité la critique.

Cette catégorie comprend uniquement les demandeurs inscrits à Pôle emploi n'ayant aucune activité professionnelle. Elle ne prend pas en compte ceux occupés partiellement, ni les chômeurs non inscrits à Pôle emploi, comme l’explique l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Les économistes, eux, préfèrent se fier aux chiffres publiés tous les trois mois par l'Insee. Ils sont basés sur la définition du chômage au sens du Bureau international du travail. Sont comptabilisées les personnes correspondant aux trois critères suivants : être totalement sans emploi ; pouvoir en accepter un dans les 15 jours et avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent l’enquête – ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

Les derniers chiffres publiés par l’Insee datent de fin 2015 : au 4e trimestre, le chômage avait reculé de 0,1% par rapport au trimestre précédent, s'établissant à 10,3% de la population active.

Il n'y a pas vraiment 60 000 chômeurs en moins, alors ? 

Si 60 000 demandeurs d'emploi ont effectivement quitté la catégorie A entre février et mars, 48 000 personnes ont rejoint les catégories B et C dans le même temps. "On ne peut pas interpréter les chiffres du chômage sans prendre en considération les catégories B et C, qui représentent les demandeurs qui ont une activité réduite et dont le nombre a fortement augmenté", explique Bruno Ducoudré, économiste à l’OFCE . En prenant en compte les catégories A, B et C, on observe en fait que la baisse du nombre de demandeurs d’emploi n’est pas de 60 000, mais de 8 700 entre février et mars.

Ce jeu de vases communicants est fréquemment exploité par les gouvernements pour faire baisser artificiellement les chiffres du chômage. En janvier par exemple, François Hollande avait lancé un plan de formation de 500 000 chômeurs pour l'année 2016. Pour l'opposition, cette mesure vise uniquement à transférer des chômeurs des catégories A, B et C vers la catégorie D, et ainsi inverser la courbe du chômage, promise par le candidat Hollande, comme l'explique Le Monde.

De son côté, l'opposition n'a pas hésité non plus à reprendre certains chiffres à son avantage, à l'image du président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde.

Problème : ces chiffres donnés par la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), relayés pas le député, ne peuvent être honnêtement comparés aux chiffres du chômage, car ils sont le résultat de moyennes trimestrielles, alors que Pôle emploi donne une évolution du nombre de demandeurs d’emploi sur un mois.

Par ailleurs, ils sont inexacts puisque ce ne sont pas les radiations, mais les cessations d'inscription pour défaut d'actualisation qui représentent 8,3% des sorties de demandeurs d'emploi. Les radiations décidées par Pôle emploi, elles, ne concernent que 2,3% des cas, selon les indicateurs d'avril 2016 de la Dares.

Enfin, si les stages et les radiations administratives peuvent expliquer une baisse du nombre de demandeurs d’emploi, il est important de noter que ces indicateurs sont restés stables sur les derniers mois, comme le fait remarquer France info.

La situation s'améliore, quand même?

Yannick L'Horty, économiste au laboratoire Erudite, insiste sur l'importance d’observer la tendance davantage que les chiffres en dents de scie présentés chaque mois. Et cette tendance – qui était en hausse continue jusqu’à il y a peu – n’est plus si claire au regard des chiffres des trois derniers mois. Le nombre de chômeurs de catégorie A a augmenté de 17 000 entre mars 2015 et mars 2016, contre +164 000 entre mars 2014 et mars 2015. "On escalade une montagne depuis huit ans en se demandant où est le sommet, juge Yannick L'Horty. La tendance qui se dessine laisse penser qu’on l’a peut-être atteint."

Pour Bruno Ducoudré, cette baisse est cohérente avec l’accélération de la croissance (+1,3%) en 2015 et les créations d’emploi. Mais l’augmentation du nombre de demandeurs de catégorie B et C (+4,8% et +10% respectivement) témoigne surtout de l'augmentation du nombre d’emplois en intérim précaires.