Revalorisation du RSA : "On est dans des comptes d'apothicaire sur le dos de gens qui essaient de vivre avec 500 euros par mois"

Le président de la Fédération des acteurs de la solidarité a dénoncé sur franceinfo le projet des sénateurs LR de réduire la revalorisation du RSA.

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Radio France
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Les sénateurs étudient aujourd'hui le projet de loi pouvoir d'achat. (LIONEL LE SAUX / MAXPPP)

Le Sénat, à majorité de droite, doit étudier ce jeudi 28 juillet un amendement sur la revalorisation du RSA. Les sénateurs Les Républicains prévoient de revenir sur l'augmentation de 4 % du RSA votée à l'Assemblée, ce que dénonce Pascal Brice, le président de la Fédération des acteurs de la solidarité.

franceinfo : Les sénateurs Les Républicains veulent réduire cette revalorisation du RSA en raison de la "valeur travail". Qu'en pensez-vous ?

Pascal Brice : On est dans des comptes d'apothicaire sur le dos de gens qui essaient de vivre avec 500 euros par mois. Rappelons qu'il s'agit d'une revalorisation de 4 %, alors même que l'inflation est attendue cette année à plus de 5 %. Avant même cette période, nous demandions une augmentation de 10 % du RSA. Donc, il y a ici quelque chose qui n'est pas très digne. Faire des comptes d'apothicaire ne me paraît pas du tout correspondre à la réalité de ce que ces gens vivent.

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La hausse de 4 % du RSA serait donc déjà une augmentation a minima pour vous ?

On n'est même pas au minimum, puisque l'inflation sera supérieure à 5 %. On n'est pas dans la préservation de pouvoir d'achat. Les précaires qui sont au RSA n'ont pas un pouvoir d'achat, ils ont un pouvoir de survivre. Ce sont vraiment des calculs qui ne sont pas dignes. Certains bénéficiaires du RSA ne veulent pas travailler et ce n'est pas acceptable, mais l'immense majorité des allocataires ne peuvent pas travailler et ils ne sont pas accompagnés par les pouvoirs publics comme ils devraient l'être pour aller vers la formation, l'emploi ou tout simplement la resocialisation. Il y a des gens parfois tellement cabossés par la vie, par des addictions, par des ruptures familiales qu'ils ne reviendront pas comme ça, naturellement, au travail. Il faut accompagner les personnes pour que le retour à l'emploi se fasse de manière adaptée à la situation de chacun. Mais il s'agit d'abord de permettre aux gens de survivre. S'ils pouvaient vivre dignement, ce sera quand même mieux pour tout le monde.

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On entend toujours la petite musique de l'assistanat selon laquelle augmenter le RSA inciterait les gens à ne pas travailler, qu'en dites-vous ?

Cette petite musique-là, de plus en plus tonitruante, m'inquiète. Je pense que ce n'est pas comme ça que les choses se passent, dans la vraie vie. Il faut rassurer les classes moyennes [qui se sentent lésées] là-dessus. L'immense majorité des gens que nous accompagnons dans les associations sont des personnes qui ne pourront pas aller au boulot demain simplement parce qu'on a décrété que c'était le plein emploi et que ça allait se résoudre comme ça. Je suis donc très inquiet. Je souhaite que le RSA évolue sur ce qu'on appelle un engagement réciproque car lorsqu'une collectivité s'engage, les personnes doivent s'engager aussi par des démarches vers l'emploi et la resocialisation. Ces approches autoritaires, contraintes, qui ne correspondent pas à la réalité humaine m'inquiètent beaucoup. Je souhaite que tout le monde se ressaisisse et qu'on fasse en sorte que des gens aillent vers le travail et sortent de la pauvreté d'une manière adaptée et non idéologique.

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